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Dominique Sirois Rouleau : UQAM - Université du Québec à Montréal
La prolifération des pratiques ex situ en art contemporain exige aujourd'hui que la théorie repense la définition ontologique de l'objet d'art en regard de ses conditions institutionnelles et attentionnelles. Les pratiques ex situ référent aux arts visuels qui s'inscrivent significativement hors d'un cadre d'énonciation institutionnel et interrogent les conditions de l'expérience de l'art. En effet, l'expérience d'un objet artistique non identifié en tant que tel bouleverse les frontières d'une définition classique de l'art, puisque le contexte de proposition de l'objet à une incidence importante sur le type d'attention que le spectateur lui accorde.
Cependant, l'œuvre qui s'expérimente « hors les murs » fait parfois l'objet d'une médiation par sa documentation au sein des institutions artistiques. Le document agit alors comme marqueur identitaire des objets d'art ex situ et rapporte en quelque sorte leur existence dans l'espace institutionnel. Ainsi, les pratiques ex situ engendrent un dédoublement des lieux et des objets de l'œuvre entre ceux singuliers à son expérience et ceux destinés à sa diffusion. À partir de l'étude des œuvres de Joshua Schwebel, nous souhaitons donc analyser les conditions d'existence des œuvres en regard de leur d'expérience. Schwebel confronte la lenteur appliquée du travail manuel de l'artiste à la dissémination systématique de l'objet d'art vers un public non-averti.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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