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De la fonction subjective du rite dans un monde sécularisé : des signifiants sans signifié?

GM

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Géraldine Mossière : Université de Montréal

Résumé de la communication

Au Québec comme dans d'autres pays de tradition catholique, la pratique religieuse se limite bien souvent aux rituels des étapes du cycle de vie tandis que les églises ne semblent remplir leurs bancs que pour les évènements annuels marquants (Noël, Pâques). Si certains interprètent ces comportements comme des reliquats culturels des religiosités historiques, force est de constater que la puissance émotionnelle et le pouvoir rassembleur des rituels exercent leur propre force d'attraction. Ainsi en est-il de ces convertis qui évoquent l'appel ressenti lors de la liturgie catholique, l'impression que laisse le partage solidaire de l'aïd ou la fascination que produit la mémoire longue transmise lors de la pessah. Plus curieusement, les bricolages religieux contemporains suscitent des emprunts de formes rituelles religieuses à des fins esthétiques, curatives ou ludiques. Si les rituels perdurent, leur capacité symbolique pourrait s'étioler, au profit de l'expérience du corps et des sens, subsumée dans la communitas. Dans cette communication, nous présentons des données ethnographiques collectées sur plusieurs terrains menés au Québec auprès de groupes religieux et de Francoquébécois nés et socialisés catholiques. Celles-ci indiquent que dans un contexte de sécularisation, les rituels demeurent une ressource religieuse centrale, quoique ne desservant plus la cohésion du groupe comme le proposait Durkheim, sinon la constitution et la cohérence holistique du nouveau sujet croyant.

Résumé du colloque

Le rite est autant une action qu’une catégorie, un fait qu’une perspective, une expression qu’une expérience. Paradoxalement, les « pratiquants » des actions rituelles semblent être les derniers à s’y référer en tant que catégorie, alors que les chercheurs du social et du religieux souvent n’y participent pas et, surtout, n’y croient pas. Dans ce colloque, nous posons la question des nouveaux sentiers qui s’ouvrent aux études rituelles. Nous voulons dépasser le décalage entre la facticité de l’action et sa signification, ainsi que la distance entre la naïveté des acteurs rituels et les questionnements critiques des chercheurs. Deux sortes de sentiers s’ouvrent devant nous : les sentiers esthétiques et les sentiers socioculturels.

L’expérience esthétique est semblable à celle du rite. Historiquement, l’expérience esthétique a dû s’émanciper de l’expérience rituelle religieuse pour conquérir son autonomie. Le « divin » rituel semble dès lors ne pas pouvoir se concilier avec le « sublime » artistique. Cependant, ils se confondent souvent, tant du point de vue des sujets religieux que des artistes et même aussi du point de vue de l’action elle-même, quand le sujet religieux a recours aux arts dans ses liturgies ou quand l’artiste s’applique avec dévotion à l’acte créateur.

En ce qui concerne les sentiers socioculturels, la nouveauté se rencontre dans le rite lui-même, en tant que perspective à partir de laquelle envisager le social et le culturel. Ici, il faut être clair : il ne s’agit pas d’étudier le rite en fonction de la société et de la culture, mais d’étudier la société et la culture « dans » le rite.

Les sentiers esthétiques rejoignent les sentiers sociaux et culturels dans la proposition d’une plus grande attention à la performativité rituelle. Les sentiers socioculturels influent sur les sentiers esthétiques en exposant l’importance du contexte, au-delà de la simple extériorisation de la subjectivité. Ainsi, les nouveaux sentiers ouverts aux études rituelles sont concordants, autant en ce qui touche l’expérience rituelle que l’expérience humaine par elle proportionnée. Ils sont « perspectivistes » non seulement parce qu’ils ont recours à plusieurs points de vue pour observer et analyser les rites, mais aussi parce qu’ils envisagent la pluralité des dimensions qui les caractérise et se laissent guider par elle dans l’enquête de cette étrange sorte de « déterminisme » esthétique qui nous fait reconnaître le bon, le beau et le vrai.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 27 mai 2015

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