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David-Anthony Ouellet : Université Laval
Dans l'ouvrage La notion d'esprit, publié en 1949, Gilbert Ryle s'emploie à distinguer les termes présentant une grammaire dispositionnelle de ceux décrivant des êtres existant. Son objectif est de situer les termes décrivant les états mentaux dans la catégorie des termes dispositionnels. Il s'oppose ainsi à cette tendance, qu'il fait descendre de Descartes, à parler de l'esprit comme d'un « fantôme dans la machine », c'est-à-dire comme un objet dont l'action est causalement source des actions et comportements que nous observons. Nous verrons que cette distinction nous fait passer d'une compréhension de la morale où le blâme sert à décrire une réalité, à une compréhension où il sert plutôt à agir sur le monde.
La distinction qu'il propose s'opère comme suit. Penser l'action de l'esprit comme une série d'épisodes causaux, c'est penser la volonté, les sentiments, l'intelligence, etc., comme des choses différentes qui s'influencent les unes les autres. Hors, identifier ces « choses » nous semble impossible. À l'opposé, un terme dispositionnel ne prétend pas parler de ce qui est, mais seulement de décrire une tendance ou une régularité associée à un objet en vertu de sa relation au contexte.
Parler des états mentaux en termes de dispositions nous amène à analyser la moralité non à partir d'une « volonté » présupposée libre, mais à partir de la notion de « volontaire ».
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.