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Antoine PAGEAU ST-HILAIRE : University of Chicago
Cette communication propose une critique d'une morale de l'autonomie à travers l'Antigone de Sophocle. À la différence de ce qu'offre la majeure partie de la littérature, il est possible d'interpréter la tragédie de Sophocle à la lumière d'un conflit entre deux morales autonomes et ainsi d'en dégager une critique de l'autonomie comme horizon moral. D'une part, le chœur accuse Antigone d'être autonomos (v. 821), puisqu'elle se donne elle-même sa propre loi. D'autre part, Créon, bien qu'il invoque un honneur sacré dû à la cité et conséquemment un mépris du corps du traître Polynice, est qualifié de « tyran » et érige sa volonté comme norme de la justice : il apparaît à ce titre comme le représentant d'une morale de l'autonomie. Cette intuition nous semble confirmée dans la pointe qui lui est lancée par son fils – « tu règnerais avec noblesse, seul sur une terre déserte» (v.739) : l'attitude « autonome » du tyran Créon est incompatible avec la vie de la polis comme discussion commune du juste et de l'injuste. Le tragique est à l'œuvre en vertu des possibilités limitées de morales qui seraient strictement fondées sur l'autonomie. Car bien que la délibération politique puisse dépasser l'hubris propre au tragique, c'est à un dialogue par-delà le régime que nous invite Sophocle pour considérer adéquatement la position d'Antigone. .
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
Thème du colloque :