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Julien Ouellette-Michaud : UQAM - Université du Québec à Montréal
Bien que la déduction naturelle soit une approche trop syntaxique pour servir de modèle algorithmique du raisonnement humain, cela ne veut pas dire qu'elle ne peut pas contribuer à l'étude de celui-ci. La déduction naturelle et le calcul des séquents, en tant que modes alternatifs de présentation des inférences logiques et de conduite des preuves, permettent de représenter les systèmes logiques, classiques ou non, afin d'en étudier de manière uniforme les propriétés structurales. Les logiques sous-structurales peuvent être vues comme des systèmes motivés par des considérations pragmatiques, permettant de représenter différents types d'expertises relativement à différents contextes de raisonnement. Avec ces logiques, il devient donc possible de donner un modèle computationnel de l'expertise logique, c'est-à-dire de systématiser les compétences de l'expert et de mesurer le décalage du novice relativement à l'expert. Nous montrerons comment l'intérêt de l'approcher structurale se situe avant tout au niveau computationnel.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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