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Matthieu Lampron : Université de Sherbrooke
Nous proposons d'approfondir cette problématique sous l'angle du pragmatisme environnementale en éthique, pour qui la science, l'expérimentation et sa méthodologie, constituent des éléments incontournables. Ce courant s'inspire de John Dewey, l'un des fondateurs du pragmatisme, qui fait d'ailleurs grand cas de l'expérience en philosophie. L'expérience deweyienne ainsi que la méthode scientifique qu'il soutient s'insèrent de manière cohérente dans un système philosophique antifondationnel, situationnel, transactionnel, qui nourrit une pédagogie et un concept de démocratie ayant comme objectif l'amélioration de la vie sous tous ses aspects; moral, esthétique et pratique. En adoptant l'hypothèse de Norton et s'inspirant de Dewey, Minteer et Manning (1999) construisirent une grille d'analyse des différents types d'éthiques environnementales eteffectuèrent un sondage. Ils démontrèrent la convergence, tout en notant le pluralisme des positions, selon la problématique présentée. Enfin, en utilisant ces résultats, nous sondèrent 17 participants d'un cours de permaculture (science du design ayant comme but la durabilité), en émettant l'hypothèse de tendance écocentrique forte. Il en ressortit cependant une même distribution plurielle, tout en montrant une corrélation avec l'expérience de la nature par les participants, et une meilleure connaissance scientifique de la nature. Dans ce cas, la moralisation de l'environnement serait moins résolutive que l'écologisation de l'éthique.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.