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Simon Viviers : Université Laval
Cinquante ans après son institutionnalisation au sein des systèmes professionnel et scolaire au Québec, la profession de conseiller d'orientation (c.o.) est toujours en lutte pour une reconnaissance de sa pertinence sociale (OCCOQ, 2009). Tout se passe comme si la professionnalisation, entendue comme un processus permettant à un métier de se faire reconnaître une identité propre liée à l'exercice de responsabilités nécessitant des qualifications élevées (Lessard, 2000), était toujours en question. Ces difficultés à faire reconnaitre et respecter son territoire de pratiques apparaissent particulièrement vives en milieu scolaire, au Québec (OCCOQ, 2012) comme ailleurs (p.ex., Culbreth et coll., 2005).
Cette communication propose une compréhension dynamique du problème à partir des résultats d'une recherche qualitative fondée sur le corpus théorique et méthodologique de la psychodynamique du travail (Dejours, 2008) et de la clinique de l'activité (Clot, 2008; Oddone, Re & Briante, 1981). D'un côté, nous montrerons comment certaines contraintes de l'organisation réelle du travail en milieu scolaire peuvent mettre en impasse le «désir de métier» (Osty, 2002) des c.o. et ainsi générer une souffrance identitaire de métier. De l'autre, nous exposerons comment les stratégies mises en place pour se protéger de cette souffrance donnent lieu à des pratiques dont l'incidence se répercute à la fois sur l'organisation du travail et l'identité professionnelle.
Dans les dernières décennies, les transformations économiques et sociales ainsi que le développement exponentiel des connaissances et de la technologie ont profondément touché le monde de l’éducation et celui du travail des sociétés dites modernes. Les transitions et les bifurcations des parcours socioprofessionnels sont plus que jamais vécues à l’aune de l’incertitude, de l’indécision et de l’instabilité. Cette imprévisibilité amène les jeunes et moins jeunes, à différents moments de leur parcours, à questionner et requestionner le sens du travail dans leur vie en général, notamment au regard de l’imbrication des différentes sphères d’activité dans lesquelles ils sont engagés (personnelle, familiale, sociale, etc.). Comment peut-on envisager les processus de prise de décision, les transitions scolaires et professionnelles, et leurs incidences sur la construction identitaire?
Les remises en question du rapport au travail sont d’autant plus intenses lorsque l’on considère les contraintes de l’environnement psychosocial de travail qui précarisent l’emploi, déstabilisent les métiers et menacent la santé psychologique de nombreux travailleurs et travailleuses. Dans ce contexte, comment les personnes arrivent-elles ou non à s’intégrer sur le plan socioprofessionnel, à se maintenir en emploi et, plus largement, à donner un sens à leur vie professionnelle et à leur travail? Comment comprendre plus finement les interactions complexes entre les contextes, les intentions, les décisions et les stratégies déployées par les individus pour arriver à tirer leur épingle du jeu afin de maintenir un rapport au travail satisfaisant? Enfin, quelles pratiques d’accompagnement sont mises en œuvre pour soutenir les personnes face à ces enjeux d’insertion, de transition et de bien-être au travail? Quels en sont les retombées, les apports et les limites?
Souhaitant apporter des éléments de réponse à ces problèmes sociaux et scientifiques, ce colloque se veut un espace de rencontre, de discussions et de débats à partir de réflexions et de résultats de recherche d’une quinzaine de chercheurs et d’étudiants membres du Centre de recherche et d’intervention sur l’éducation et la vie au travail (CRIEVAT). Trois thèmes inviteront à s’interroger avec les personnes présentes à propos des transitions, des processus de construction des identités personnelle et professionnelle, de la diversité des parcours et des stratégies d’insertion socioprofessionnelle ainsi que des pratiques d’accompagnement pour l’éducation et la vie au travail. Le croisement de ces multiples regards permettra de « sortir des sentiers battus » en la matière, comme le suggère le thème du congrès de cette année.
Thème du colloque :