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Marie-Hélène Voyer : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans Intérieurs du Nouveau Monde, Pierre Nepveu note comment de nombreuses villes d'Amérique traduisent une « précarité générale de la culture et de l'habitation de l'espace ». Dans la littérature québécoise contemporaine, cette précarité se manifeste notamment par la figure spatiale du bunker. À cette figure paradoxale – à la fois rassurante et carcérale – se greffe un imaginaire singulier. En effet, en ces lieux, soit les personnages attendent la fin avec appréhension, soit ils tentent de la provoquer. À travers l'étude des romans Tarmac de Nicolas Dickner, Brigitte des colères de Jérôme Lafond et Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis, nous montrerons en quoi les lieux souterrains cristallisent des angoissent liées à la fin (du monde, de l'adolescence, etc.) et à la destruction. Ultimement, cette analyse permettra de saisir comment la représentation de lieux souterrains témoignent d'un rapport problématique au territoire américain, à ses utopies et à ses mythes.
À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.
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