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Samuel Descarreaux : Université d'Ottawa
Dans la Politique, Aristote définit le concept de nature en mettant l'accent sur la cause finale: « [...] ce qu'est chaque chose une fois sa croissance achevée, c'est cela que nous appelons la phusis de chaque chose. » Ainsi l'homme, tel qu'en témoigne l'exemple polémique du maître et de l'esclave, accomplit sa nature par la liberté; est libre l'homme qui possède la capacité de commander, qui agit suivant les vertus morales et intellectuelles. La cause finale, en tant que cause particulière qui explique le mouvement, s'inscrit ainsi dans le concept de nature (principe de mouvement et de repos), et place la liberté au sein d'une nature téléologique qu'elle réalise.
Il en va autrement pour Kant qui définit la nature comme « l'enchaînement des phénomènes, quant à leur existence, selon des règles nécessaires ». Cette explication détermine les limites de deux facultés : la raison pure s'attarde à la nature causalement déterminée et la raison pratique s'occupe du domaine de la liberté morale. Or, on pourrait faire croire à un développement en vase clôt de la raison pratique; il n'en est rien puisqu'en réalité, le concept de nature, et donc la raison théorique, fournit le cadre et les modalités du développement de la morale.
Ces quelques lignes servent d'amorce à une étude du concept de nature tel que l'entendent Aristote et Kant, et des conséquences morales qu'il sous-tend. Nous argumenterons que ce concept théorique constitue le point pivot de leur philosophie morale respective.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.