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Du mythe cosmique autochtone du castor au mythe profane et colonialiste blanc : histoire d'un transfert culturel

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Denys Delâge : Université Laval

Résumé de la communication

Héros originel, épouse primordiale de la genèse, libérateur du soleil permettant l'alternance du jour et de la nuit, pourvoyeur du feu et des ustensiles de cuisine, responsable du déluge, être hermaphrodite, terrestre, aquatique et aérien quasi humain et facteur principal de la multiplication de la vie par la création d'étangs et de terres humides, le castor vint tout près d'être complétement éradiqué, condamné qu'il fut de livrer son pelage à la confection, avec du mercure, de feutre à chapeaux rendant fous les chapeliers : Lewis Carroll, Mad Hatter, Alice in Wonderlands. Les Européens ont retenu du mythe : la société de plus de 100 castors avec ses corps de métiers, ingénieurs-architectes, scieurs, transporteurs, maçons, contremaîtres, ouvriers paresseux et itinérants, etc. François-Marc Gagnon a écrit de magnifiques pages là-dessus. Voilà réunis dans le mythe blanc : une société, une langue de communication, la division et l'éthique du travail, un débat de société (système autoritaire monarchique ou bien république). Buffon retient du mythe amérindien, la société quasi humaine des castors protégée par la sauvagerie des peuples d'Amérique, tous deux appelés à disparaître devant le progrès dont la civilisation européenne est porteuse.

Résumé du colloque

Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.

Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.

Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. ­L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 28 mai 2015

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