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Olivier Dorais : Université de Montréal
«L'«essai» –qu'il faut entendre comme épreuve modificatrice de soi-même dans le jeu de la vérité et non comme appropriation simplificatrice d'autrui à des fins de communication –est le corps vivant de la philosophie, si du moins celle-ci est encore maintenant ce qu'elle était autrefois, c'est-à-dire une «ascèse», un exercice de soi, dans la pensée.» Dans cette courte citation, on voit Michel Foucaultrenouer à la fois avec une certaine tradition pratique de la philosophie antique ainsi qu'avec celle plus récente de l'essai, pour lesquelles la philosophie est exercice critique de la pensée sur elle-même. Elle cherche moins l'«acquisition des connaissances» que l'«égarement de celui qui connaît» (ce qui n'est pas sans rappeler un certain Socrate). Ici, non pas séparation ou articulation de la pratique et du discours, encore moins discussion des motifs en vue de l'action, mais pratique même du discours. Ce sont de telles pratiques que nous voudrions mettre en valeur dans notre communication, plus précisément chez deux philosophes du langage: Ludwig Wittgenstein et Walter Benjamin. Pour ce faire, nous prendrons l'exemple de l'humour chez ces deux penseurs, et tenterons d'en montrer le rôle éthique et critique à l'intérieur de leurs philosophies du langage.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.