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Gorgias, l'expérience sensible et l'expertise

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François-Julien CÔTÉ-REMY : Université de Montréal

Résumé de la communication

Même si nous n'avons conservé que deux résumés du fameux Traité sur le non-être de Gorgias (ceux de Sextus Empiricus et l'Anonyme), celui-ci est assez substantiel, et nous pouvons encore aujourd'hui apprécier le caractère choquant de certaines positions qui y sont défendues. Ainsi, contre la croyance la plus intuitive qui soit, Gorgias s'attaque aux prétentions de la connaissance de l'étant (to on). De par le fait qu'elles sont radicalement autres (c'est-à-dire, qu'elles « subsistent hors de nous »), les choses extérieures ne peuvent pas être connues, ni « montrées » aux autres. La connaissance sensible serait donc, de l'avis de Gorgias, absolument impossible.

L'objectif principal de cette communication sera d'examiner en détails les arguments que Gorgias avance pour supporter sa thèse de l'impossibilité de la connaissance. Ils sont au nombre de trois : a) rien n'est; b) Si quelque chose est, c'est inconnaissable; c) Si c'est connaissable, c'est indémontrable aux autres). Ces arguments, en plus de s'attaquer à la thèse parménidienne de la correspondance entre le « penser » (voien) et « l'être » (einai), viennent justifier l'art rhétorique. En effet, sans la connaissance qui permet de départager le vrai du faux, l'être humain n'a plus rien d'autre que ses intérêts personnels et les moyens rhétoriques de les faire triompher. Dans un tel contexte, la rhétorique devient, à proprement parler, la seule « expertise » légitime.

Résumé du colloque

L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.

Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.

Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.

Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 28 mai 2015

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