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Olivier Duchesne-Pelletier : Université Laval
Le dépassement du point de vue formel sur la morale occupe une place centrale dans le développement des Principes de la philosophie du droit de G.W.F. Hegel. C'est dans la transition de la moralité à l'éthicité que ce dépassement s'accomplit; non pas comme une réfutation totale de la morale formelle, mais comme sa sursomption en une « disposition-d'esprit consistant à vouloir ce qui est bon en et pour soi ». Hegel appelle cette disposition la « conscience morale véritable ». L'habitude est ce qui opère ce passage en ce qu'elle est le « mécanisme du sentiment de soi ». Elle est un point cardinal dans l'esprit, une « seconde nature ». L'habitude engage le devenir graduel de l'homme vers l'actualisation de ses potentialités. Hegel la décrit notamment comme un être immédiat de l'âme, un sentiment qui s'acquiert graduellement dans la pratique de l'élément éthique.
Sous la catégorie d'« habitude », Hegel accorde aussi une place, dans les premiers paragraphes de l'éthicité, à la notion de vertu, renvoyant ouvertement à la conception qu'en avait Aristote. Dans cette conférence, nous nous proposons de mesurer la portée de cette référence à l'éthique d'Aristote. Bien que Hegel, penseur moderne, fasse certainement rupture avec les anciens, nous tenterons de faire valoir l'élément de continuité que témoigne le recours à Aristote au cœur d'une des articulations les plus fondamentales des Principes de la philosophie du droit.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.