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Marcelo Otero : UQAM - Université du Québec à Montréal
La consommation accrue de médicaments de performance sociale (enfants, adultes, personnes âgées) mais surtout la croissante légitimité des usages adaptatifs de psychotropes invitent à revisiter les catégories traditionnelles avec lesquelles fonctionnalistes et interactionnistes ont tenté de saisir aussi bien les modes d'adaptation (et d'inadaptation) que les sanctions sociales des écarts à la norme. Si l'une des définitions traditionnelles de la déviance désignait le défaut d'obéissance (supposé ou réel) aux normes instituées par un groupe, doit-on penser, à la lumière de ces cas de figure, à mobiliser des catégories de la déviance caractérisées par la sur-obéissance ou encore par l'hyper responsabilité, et ce, au-delà des ritualismes longuement étudiés ? Et si les différentes théories de la déviance étaient carrément inadéquates pour caractériser les écarts normatifs (problématiques ou non) dans les sociétés contemporaines marquées par le singularisme ? Devrait-on, à la place, avoir recours de plus en plus à des oxymorons mi-sociologiques mi-éthiques pour saisir, non plus les écarts, mais plutôt les modulations normatives contemporaines telles que, par exemple, l'«innovation conformiste» ou encore la pratique du «bon dopage» ?
Si le statut du psychotrope, tel le pharmakon, se caractérise intemporellement par une ambiguïté entre remède et poison, thérapie et plaisir, un ensemble de nouvelles pratiques bouleverse la typologie des usages des psychotropes prévalant (médical/non médical, traitement/prévention/amélioration). Les psychotropes apparaissent de nos jours comme à la fois révélateurs de nouvelles normativités et catalyseurs de nouvelles socialités et identités. Au-delà du « pharmacocentrisme » et de l’approche épidémiologique dominante, ce colloque se propose d’étudier la consommation contemporaine de psychotropes comme une pratique socioculturelle significative.
1) Logiques de contrôle et normativités : entre usages licites et illicites
Cet axe s’intéresse aux normativités et aux logiques de contrôle qui visent à réguler les pratiques d’usages. Quelles logiques de contrôle prévalent, selon quels psychotropes? Quels enjeux sociopolitiques sous-tendent la classification légale des psychotropes? Comment les logiques de pathologisation/pharmaceuticalisation et de criminalisation/moralisation s’articulent-elles? Enfin, au nom de quelles valeurs et selon quelles normes la régulation des usages contemporains des psychotropes et leur consommation s’opèrent-elle et avec quels effets?
2) Cultures/sous-cultures/identités
Cet axe concerne les dynamiques culturelles et identitaires des pratiques contemporaines d’usages de psychotropes. Si elles sont depuis de nombreuses années sorties de la contre-culture pour mieux épouser les contours de la culture dominante (performance, consumérisme, autorégulation), les psychotropes demeurent au centre de dynamiques sous-culturelles, encadrés par un ensemble de rituels qu’il s’agit de mettre au jour afin d’appréhender les socialités sous-jacentes aux nouveaux usages du psychotrope (biosocialité). Il s’agira enfin d’aborder les nouvelles identités qui se forment autour de ces pratiques, entre addiction et plaisir, ou encore entre résistance et conformité.
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