Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Caroline Desbiens
Les formations discursives ont des impacts matériels concrets. Dans Orientalisme (1978) et Culture et impérialisme (1994), Edward Said insiste sur le fait que la culture n'est pas une simple réflexion du monde, mais plutôt une série de représentations, de pratiques et de performances. Cette approche permet de jeter un regard novateur sur le développement industriel du Nord. Nous examinons dans cette présentation comment la réorganisation physique de la Baie James via les grands barrages a entraîné sa réorganisation narrative, c'est peut-être là l'impact le plus significatif pour la société crie. En apportant de nouvelles technologies, les Québécois du Sud ont apporté de nouvelles histoires en terre crie. Pourtant, les Eeyouch continuent d'avoir une compréhension narrative détaillée de leurs terres, leurs rapports avec les gouvernements ne furent pas simplement une joute pour défendre leurs droits, mais aussi une lutte ontologique concernant la compréhension de ce territoire et les termes de sa gouvernance. Une partie de cette lutte ontologique s'est jouée autour du discours « norientaliste » qui a donné naissance à la Baie James à laquelle s'identifient aujourd'hui les Québécois du Sud. Notre objectif est d'examiner comment l'expansion du norientalisme contribue à la réduction de la place du chasseur dans les discours qui dominent désormais les grilles de compréhension du nord du Québec, de même que les actions et politiques qui en découlent.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
Titre du colloque :
Thème du colloque :