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Emmanuelle Bernheim : Université d'Ottawa
La recherche sur le droit est actuellement en mutation. Généralement caractérisée par les écrits doctrinaux, par lesquels les auteurs participent directement à la construction de l'objet sur lequel ils travaillent (Noreau 2011), la multiplication des méthodes et des théories ouvrent les perspectives sur l'objet “droit”. L'ethnographie reste pourtant méconnue et peu employée. Dans un champ où chaque mot est pesé et où les acteurs – politiques, juges, avocats,experts – tiennent un discours policé, l'ethnologie (Atkinson et Hammersley 2007) est la seule manière de prendre la distance nécessaire à la compréhension des dynamiques etdes enjeux. Alors qu'en droit tout ce qui compte est écrit dans les “sources” –législatives, jurisprudentielles, doctrinales – leur étude ne permet en aucun cas de replacer le droit dans son contexte social et encore moins de voir ce que le droit fait au social.
À partir de deux recherches (dont une en cours), je proposerai une réflexion sur l'ethnographie comme méthode privilégiée de mise au jour de la dynamique sociale en contexte judiciaire. Lors de ces recherches, j'ai fait de l'observation directe en salle d'audience, j'ai recueilli la documentation accessible et j'ai eu des échanges avec différents protagonistes. Dans un premier temps, il sera question de la technique de collecte employée et notamment des questions éthiques qui s'y rattachent. Dans un second temps, je discuterai de l'importance de ces nouvelles connaissances pour la sociologie du droit.
Nous assistons depuis quelques années à la renaissance de l’approche ethnographique en sciences sociales. Outre le nombre de travaux ethnographiques, leur diversité traversant les milieux sociaux (« riches », « pauvres », ruraux, urbains, etc.) est remarquable. La recherche ethnographique s’attache aussi à des groupes sociaux particuliers formés dans diverses configurations sociales (des lieux, des métiers et professions, des sports et des loisirs, des arts, etc.). Le présent colloque invite les chercheurs à communiquer leurs travaux ethnographiques et à se questionner sur leur apport essentiel et original dans notre connaissance du monde contemporain et dans le développement des sciences sociales.
Ce colloque sera aussi l’occasion de susciter une réflexivité théorique et méthodologique qui permettrait de mettre en rapport ces différents observatoires de la vie sociale. Attentives aux traces des activités humaines, à ses traces matérielles, corporelles et symboliques, les ethnographies contemporaines proposent implicitement des théories de la description de la vie sociale. Est-il possible de les expliciter? Serait-ce la base d’un travail comparatif ou de mise en rapport dans des schèmes sociographiques plus larges?
D’un point de vue méthodologique, l’ethnographie se particularise par son recours à l’observation « directe » ou « participante », mais certains considèrent que l’ethnographie procède bien plus d’une multiplicité de traces relatives à une diversité de matériaux, non réductibles à des relations de « co-présence ». Suivant ces débats, qu’est-ce que produire une connaissance ethnographique? Se définit-elle par un usage particulier des matériaux et des méthodes? L’approche ethnographique suscite aujourd’hui un foisonnement de travaux rendant ainsi pertinent les questionnements théoriques, méthodologiques et éthiques tels que le propose ce colloque.
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