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rudolf boutet : Université de Montréal
L'histoire de la philosophie est «une leçon de scepticisme » disait Paul Ricœur dans la foulée de Kant. Face à la concurrence des idées, à la contradiction des systèmes et aux chocs des vérités, le philosophe est aujourd'hui placé devant une alternative malheureuse: soit il se réfugie dans une attitude historienne, abandonnant la tâche de découvrir la vérité sur les choses au profit d'un défrichement des vérités multiples, imperméables les unes aux autres, soit il adopte une posture scientiste axée sur le progrès de la connaissance, au risque de demeurer complètement aveugle au génie de ses prédécesseurs ou de se transformer lui-même, pour ses successeurs, en relique de l'histoire des idées. Comment échapper à ce dilemme funeste? Ma présentation compte répondre à cette question en exposant la perspective herméneutique du jeune Ricœur, pour qui la tâche de vérité qui incombe à toute pensée, loin d'être en contradiction avec le travail historique de déceler la vérité des œuvres du passé, n'est possible que dans une dialectique historique (non-hégélienne) de la vérité, jumelée au vœu «d'espérance» du philosophe actuel d'être, à son tour, «dans le vrai». L'objectif de cette présentation sera donc de défendre l'idée selon laquelle la tâche scientifique du philosophe est d'être un dépositaire desvérités du passé au service de lavérité en devenir.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.