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Le secret du déterminisme esthétique : le rite et l'« écologie de l'esprit » de Gregory Bateson

ÂC

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Ângelo Cardita : Université Laval

Résumé de la communication

Gregory Bateson est l'un des plus féconds intellectuels du XXème siècle, avec un parcours caractérisé autant par l'audace que par la curiosité. Il s'intéresse très tôt à l'anthropologie et notamment à l'anthropologie rituelle, ouvrant des nouveaux sentiers dans le domaine des études rituelles. Il considère sa marche intellectuelle comme des pas conduisant vers une « écologie de l'esprit » à partir de l'enquête de la « forme » (en détriment de la « substance »), rétrocédant jusqu'à l'unité de la religion, la science et la pensée philosophique. Selon lui, tant que l'on n'aura de réponse à des questions comme : « pourquoi un sacrement? », « pourquoi une poupée? », « pourquoi l'art? », on restera prisonnier d'une vision déformée du monde. Le paradoxe est que la réponse à ces interrogations est un « secret » dont la connaissance selon les moyens ordinaires ne donne aucune maîtrise ni sur les phénomènes esthétiques et rituels ni sur leur raison d'être. L'enquête du « déterminisme esthétique » est donc une recherche sur la « meta-logique » de l'ordre du monde inscrite dans le comportement et notamment dans le comportement rituel. Dans cette communication, nous entrerons en dialogue avec Gregory Bateson, dans le but de sonder les possibilités – pratiques et cognitives – du sentier qui amène à la manifestation de l'esprit (mind) du monde.

Résumé du colloque

Le rite est autant une action qu’une catégorie, un fait qu’une perspective, une expression qu’une expérience. Paradoxalement, les « pratiquants » des actions rituelles semblent être les derniers à s’y référer en tant que catégorie, alors que les chercheurs du social et du religieux souvent n’y participent pas et, surtout, n’y croient pas. Dans ce colloque, nous posons la question des nouveaux sentiers qui s’ouvrent aux études rituelles. Nous voulons dépasser le décalage entre la facticité de l’action et sa signification, ainsi que la distance entre la naïveté des acteurs rituels et les questionnements critiques des chercheurs. Deux sortes de sentiers s’ouvrent devant nous : les sentiers esthétiques et les sentiers socioculturels.

L’expérience esthétique est semblable à celle du rite. Historiquement, l’expérience esthétique a dû s’émanciper de l’expérience rituelle religieuse pour conquérir son autonomie. Le « divin » rituel semble dès lors ne pas pouvoir se concilier avec le « sublime » artistique. Cependant, ils se confondent souvent, tant du point de vue des sujets religieux que des artistes et même aussi du point de vue de l’action elle-même, quand le sujet religieux a recours aux arts dans ses liturgies ou quand l’artiste s’applique avec dévotion à l’acte créateur.

En ce qui concerne les sentiers socioculturels, la nouveauté se rencontre dans le rite lui-même, en tant que perspective à partir de laquelle envisager le social et le culturel. Ici, il faut être clair : il ne s’agit pas d’étudier le rite en fonction de la société et de la culture, mais d’étudier la société et la culture « dans » le rite.

Les sentiers esthétiques rejoignent les sentiers sociaux et culturels dans la proposition d’une plus grande attention à la performativité rituelle. Les sentiers socioculturels influent sur les sentiers esthétiques en exposant l’importance du contexte, au-delà de la simple extériorisation de la subjectivité. Ainsi, les nouveaux sentiers ouverts aux études rituelles sont concordants, autant en ce qui touche l’expérience rituelle que l’expérience humaine par elle proportionnée. Ils sont « perspectivistes » non seulement parce qu’ils ont recours à plusieurs points de vue pour observer et analyser les rites, mais aussi parce qu’ils envisagent la pluralité des dimensions qui les caractérise et se laissent guider par elle dans l’enquête de cette étrange sorte de « déterminisme » esthétique qui nous fait reconnaître le bon, le beau et le vrai.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 28 mai 2015

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