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Le viol en Haiti : vers une analyse psycho-socio-anthropologique d'un rite de passage paradoxal

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Obrillant Damus : UniQ - Université Quisqueya

Résumé de la communication

Le viol est un évènement qui induit une crise existentielle en exerçant un impact sur le vivre pour soi, le vivre ensemble et le vivre relié. Même après plusieurs décennies, la plupart des femmes violées conservent un souvenir traumatique de l'événement. Les conséquences du viol sur l'altération de l'identité féminine sont indiscutables. Plusieurs femmes victimes de viol se tournent vers des associations religieuses et laïques afin de s'inscrire dans un processus de pacification de soi ou de re-création de soi. L'appropriation d'une nouvelle identité est un processus de reconstruction de soi et de renaissance de soi. Que ce soit au sein de sa propre culture ou dans une culture d'accueil (étrangère), une personne fait sans cesse face à un double processus : mourir à soi pour renaître dans une nouvelle identité. Il s'agit bien d'un processus initiatique de mort/renaissance tel qu'élaboré notamment par Eliade et Van Gennep avec le concept de rite de passage. Le processus de mort/renaissance commence dès sa naissance et se poursuit jusqu'à la mort. Or, lors d'un événement traumatique comme le viol, ce processus peut prendre une envergure spéciale qui mérite d'être analysée sur le plan psycho-socio-anthropologique. Le viol est-il un rite de passage paradoxal ? Quels sont les processus de (re)construction de soi et de renarcissisation qui permettent à une femme de reprendre sa vie à la suite d'un viol ?

Résumé du colloque

Le rite est autant une action qu’une catégorie, un fait qu’une perspective, une expression qu’une expérience. Paradoxalement, les « pratiquants » des actions rituelles semblent être les derniers à s’y référer en tant que catégorie, alors que les chercheurs du social et du religieux souvent n’y participent pas et, surtout, n’y croient pas. Dans ce colloque, nous posons la question des nouveaux sentiers qui s’ouvrent aux études rituelles. Nous voulons dépasser le décalage entre la facticité de l’action et sa signification, ainsi que la distance entre la naïveté des acteurs rituels et les questionnements critiques des chercheurs. Deux sortes de sentiers s’ouvrent devant nous : les sentiers esthétiques et les sentiers socioculturels.

L’expérience esthétique est semblable à celle du rite. Historiquement, l’expérience esthétique a dû s’émanciper de l’expérience rituelle religieuse pour conquérir son autonomie. Le « divin » rituel semble dès lors ne pas pouvoir se concilier avec le « sublime » artistique. Cependant, ils se confondent souvent, tant du point de vue des sujets religieux que des artistes et même aussi du point de vue de l’action elle-même, quand le sujet religieux a recours aux arts dans ses liturgies ou quand l’artiste s’applique avec dévotion à l’acte créateur.

En ce qui concerne les sentiers socioculturels, la nouveauté se rencontre dans le rite lui-même, en tant que perspective à partir de laquelle envisager le social et le culturel. Ici, il faut être clair : il ne s’agit pas d’étudier le rite en fonction de la société et de la culture, mais d’étudier la société et la culture « dans » le rite.

Les sentiers esthétiques rejoignent les sentiers sociaux et culturels dans la proposition d’une plus grande attention à la performativité rituelle. Les sentiers socioculturels influent sur les sentiers esthétiques en exposant l’importance du contexte, au-delà de la simple extériorisation de la subjectivité. Ainsi, les nouveaux sentiers ouverts aux études rituelles sont concordants, autant en ce qui touche l’expérience rituelle que l’expérience humaine par elle proportionnée. Ils sont « perspectivistes » non seulement parce qu’ils ont recours à plusieurs points de vue pour observer et analyser les rites, mais aussi parce qu’ils envisagent la pluralité des dimensions qui les caractérise et se laissent guider par elle dans l’enquête de cette étrange sorte de « déterminisme » esthétique qui nous fait reconnaître le bon, le beau et le vrai.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 28 mai 2015

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