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Nicolas Beauclair : Université de Sherbrooke
Il ne fait nul doute que le phénomène littéraire amérindien au Québec est de plus en plus à l'ordre de jour pour la critique. Comme en témoignent les ouvrages et séminaires parus depuis le début des années 90 (Boudreau 1993 ; Gatti 2006, 2009, 2010 ; Études en littérature canadienne 2010, Henzi et St-Amand 2013 et 2014), ce champ d'études est en plein essor. Si certains spécialistes de la littérature autochtone, comme ceux ayant écrit dans le numéro spécial d'Études en littérature canadienne (2010), admettent qu'une collaboration entre les écrivains et critiques littéraires provenant des aires linguistiques francophone et anglophone nord-américaines est souhaitable afin de brosser un portrait plus complet de ce tableau, une telle collaboration avec les autres aires linguistiques américaines ne semble pas être envisagée.
Ainsi, cette présentation tentera de remédier en partie à cette lacune en jetant un regard sur le discours amérindien québécois depuis les études coloniales et « décoloniales » latino-américaines. Nous aborderons plus spécifiquement les notions de « sémiosis » et de « pensée frontalière » dérivées des propositions de Walter Mignolo (1993, 1995, 2004, 2013) afin de comprendre comment la textualité amérindienne transcende les cantonnements disciplinaires qu'on tente souvent de lui apposer et pourquoi la « littérature amérindienne », exemples à l'appui, peut être considérée comme une pratique décoloniale.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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