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David Harvengt : Université Laval
La compréhension du rite s'est transformée en même temps que l'objet lui-même. Les regards sur les rites se sont multipliés pour transcender la vision du rituel longtemps associé à la religion. Le rite s'est laïcisé. Son étude s'est ainsi propagée dans de nombreuses sphères de la vie sociale, tels que les interactions (Goffman) ou encore par de nombreuses relectures des rites de passage. Récemment, Gebauer et Wulf se sont intéressés aux rites scolaires. Si la ritualité scolaire avait déjà fait l'objet de quelques analyses, surtout par le biais des bizutages (initiations universitaires) ou des rites d'institutions (Bourdieu). Les deux auteurs allemands ont proposé une lecture beaucoup plus globale, voire ethnographique, du rite scolaire. C'est dans cette perspective que nous nous inscrivons. Nous proposons dans cette communication de jeter un regard sur quelques rites scolaires au Québec, principalement au primaire. Nous nous interrogeons à la fois sur les passages et les régulations entre les différents lieux et temps de l'école, depuis l'arrivée de l'élève jusqu'à la fin de la journée. Élèves et enseignants usent alors de petits rituels pour scander les temps et marquer les espaces scolaires. Quels sont ces différents rituels? Quels sont leurs fonctions? Comment sont-ils intégrés par les acteurs dans la vie scolaire? Voici quelques questions qui sont au cœur de notre présentation.
Le rite est autant une action qu’une catégorie, un fait qu’une perspective, une expression qu’une expérience. Paradoxalement, les « pratiquants » des actions rituelles semblent être les derniers à s’y référer en tant que catégorie, alors que les chercheurs du social et du religieux souvent n’y participent pas et, surtout, n’y croient pas. Dans ce colloque, nous posons la question des nouveaux sentiers qui s’ouvrent aux études rituelles. Nous voulons dépasser le décalage entre la facticité de l’action et sa signification, ainsi que la distance entre la naïveté des acteurs rituels et les questionnements critiques des chercheurs. Deux sortes de sentiers s’ouvrent devant nous : les sentiers esthétiques et les sentiers socioculturels.
L’expérience esthétique est semblable à celle du rite. Historiquement, l’expérience esthétique a dû s’émanciper de l’expérience rituelle religieuse pour conquérir son autonomie. Le « divin » rituel semble dès lors ne pas pouvoir se concilier avec le « sublime » artistique. Cependant, ils se confondent souvent, tant du point de vue des sujets religieux que des artistes et même aussi du point de vue de l’action elle-même, quand le sujet religieux a recours aux arts dans ses liturgies ou quand l’artiste s’applique avec dévotion à l’acte créateur.
En ce qui concerne les sentiers socioculturels, la nouveauté se rencontre dans le rite lui-même, en tant que perspective à partir de laquelle envisager le social et le culturel. Ici, il faut être clair : il ne s’agit pas d’étudier le rite en fonction de la société et de la culture, mais d’étudier la société et la culture « dans » le rite.
Les sentiers esthétiques rejoignent les sentiers sociaux et culturels dans la proposition d’une plus grande attention à la performativité rituelle. Les sentiers socioculturels influent sur les sentiers esthétiques en exposant l’importance du contexte, au-delà de la simple extériorisation de la subjectivité. Ainsi, les nouveaux sentiers ouverts aux études rituelles sont concordants, autant en ce qui touche l’expérience rituelle que l’expérience humaine par elle proportionnée. Ils sont « perspectivistes » non seulement parce qu’ils ont recours à plusieurs points de vue pour observer et analyser les rites, mais aussi parce qu’ils envisagent la pluralité des dimensions qui les caractérise et se laissent guider par elle dans l’enquête de cette étrange sorte de « déterminisme » esthétique qui nous fait reconnaître le bon, le beau et le vrai.
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