Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Andrea Benvenuto : EHESS - École des hautes études en sciences sociales
Soigner la surdité ne s'oppose pas au fait de prendre soin des sourds. Pourtant, l'histoire de la médecine nous montre que ces deux aspects se sont constitués dans des perspectives séparées, sinon opposées : une médecine de la surdité centrée sur le traitement du déficit physiologique comme condition d'accès des sourds à la langue de la majorité entendante, et une médecine des sourds qui place la langue du patient au cœur des rapports soignants/soignés. C'est le principe de fonctionnement des unités d'accueil et des soins des sourds en langue des signes développées depuis 1996 en France et 2012 en Uruguay. Leur philosophie repose sur des principes linguistiques, culturels et collectifs avant même d'être médicaux, ce que cet exposé s'attachera à montrer à partir d'une analyse comparative de documents institutionnels, de points de vue et de pratiques menées par les acteurs eux-mêmes. Ces principes commandent la constitution d'équipes soignantes constituées par des professionnels bilingues sourds et entendants. Ce changement de paradigme est du plus haut intérêt pour les études sourdes : il place les aspects linguistiques et culturels au centre d'une approche anthropologique de la santé des sourds et il montre les ruptures qui s'opèrent au sein même du processus d'exclusion sociale, linguistique ou politique des sourds, permettant l'émergence des nouvelles formes de subjectivation politique.
Le mouvement social sourd a mobilisé une affirmation positive née de la conviction que les personnes sourdes expérimentent le monde différemment des personnes entendantes (Padden & Humphries, 1988). En réponse à une vision médicale situant la perte auditive comme une déficience, il met de l’avant une appartenance socioculturelle ayant comme pivot l’identité sourde et les langues des signes (Bauman & Murray, 2014).
L’objectif de ce colloque est d’offrir aux chercheurs et étudiants évoluant dans un cadre lié aux études sourdes francophones une plateforme d’échange sur leurs intérêts de recherche en regard de leurs différentes méthodologies, approches et postures épistémologiques. La majorité des travaux en études sourdes étant actuellement publiés en anglais, et concernant principalement les réalités états-uniennes et britanniques (Foster, 2007), nous proposons une mise en commun des savoirs et des enjeux propres aux pays et communautés francophones, que ce soit au Québec, en France ou ailleurs.
C’est dans une perspective d’échange que nous rassemblons des chercheurs et des étudiants de divers domaines (anthropologie, communication, ergothérapie, études urbaines, éducation, linguistique, psychologie, sociologie, etc.), d’universités québécoises, françaises, canadiennes, américaine et britannique, pour construire un dialogue sur les thématiques de recherche et les enjeux émergents actuels, dont :
– la promotion des droits des sourds et l’accès aux services;
– l’intégration et l’inclusion en milieux scolaire et professionnel;
– les types d’expressions linguistiques en langue des signes;
– l’enseignement et la structure de la langue des signes;
– l’art et la création en langue des signes;
– les appartenances et les expériences sourdes.
Les 29 présentations retenues par arbitrage par les pairs seront regroupées pour ce colloque en sept séances, dont six tables rondes et une session d’affiches. Une dernière table ronde sera proposée à la fin du colloque par les chercheurs sourds du colloque afin de débattre des enjeux liés à la participation sociale des chercheurs sourds, une fois les études terminées.
Titre du colloque :
Thème du colloque :