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Annamaria Fantauzzi : Università degli Studi di Torino
Dans cette communication je présenterai les résultats d'une recherche ethnographique menée dans un dispositif commun à Paris, où on prend en charge des immigrés malades mentaux. Il s'agit du Centre Philippe Paumelle, qui accueille la plupart des immigrés de la zone ayant des troubles mentaux ou une condition sociale pénible. À partir des principes de l'anthropologie médicale et de l'ethnopsychiatrie, à travers une application des catégories socioculturelles proposées en particulier par T. Nathan et G. Devereux, j'analyse, d'une partie, la dynamique de la prescription de psychotropes à ce type de malades (normalement de première génération et provenant de l'Afrique subsaharienne), qui quelquefois semblent «jouer » avec la maladie, c'est-à-dire que d'être dépendants du médicament les autorise à rester à Paris, en Europe, puisque dans le village d'où proviennent il n'y aurait aucune possibilité d'avoir ce pharmakon. D'une autre partie, j'analyse la dépendance aux psychotropes pour les malades mentaux immigrés ne pouvant plus vivre sans le médicament, qui donne une raison d'oublier sa propre souffrance psychique issue d'une souffrance sociale. Le psychotrope devient donc une aide contre la solitude et la réélaboration du trauma de la migration, et un refuge qui offre un soutien dans le pays d'accueil. Je présenterai aussi les entretiens faits avec les malades et les points de vue de médecins et infirmiers qui travaillent avec eux, dans la structure examinée.
Si le statut du psychotrope, tel le pharmakon, se caractérise intemporellement par une ambiguïté entre remède et poison, thérapie et plaisir, un ensemble de nouvelles pratiques bouleverse la typologie des usages des psychotropes prévalant (médical/non médical, traitement/prévention/amélioration). Les psychotropes apparaissent de nos jours comme à la fois révélateurs de nouvelles normativités et catalyseurs de nouvelles socialités et identités. Au-delà du « pharmacocentrisme » et de l’approche épidémiologique dominante, ce colloque se propose d’étudier la consommation contemporaine de psychotropes comme une pratique socioculturelle significative.
1) Logiques de contrôle et normativités : entre usages licites et illicites
Cet axe s’intéresse aux normativités et aux logiques de contrôle qui visent à réguler les pratiques d’usages. Quelles logiques de contrôle prévalent, selon quels psychotropes? Quels enjeux sociopolitiques sous-tendent la classification légale des psychotropes? Comment les logiques de pathologisation/pharmaceuticalisation et de criminalisation/moralisation s’articulent-elles? Enfin, au nom de quelles valeurs et selon quelles normes la régulation des usages contemporains des psychotropes et leur consommation s’opèrent-elle et avec quels effets?
2) Cultures/sous-cultures/identités
Cet axe concerne les dynamiques culturelles et identitaires des pratiques contemporaines d’usages de psychotropes. Si elles sont depuis de nombreuses années sorties de la contre-culture pour mieux épouser les contours de la culture dominante (performance, consumérisme, autorégulation), les psychotropes demeurent au centre de dynamiques sous-culturelles, encadrés par un ensemble de rituels qu’il s’agit de mettre au jour afin d’appréhender les socialités sous-jacentes aux nouveaux usages du psychotrope (biosocialité). Il s’agira enfin d’aborder les nouvelles identités qui se forment autour de ces pratiques, entre addiction et plaisir, ou encore entre résistance et conformité.
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