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Denis Pouliot-Morneau : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'ethnographie sera ici présentée de manière à interroger quelques utilités possibles de son utilisation dans un cadre foucaldien, visant à souligner l'imbrication du savoir et du pouvoir.Les savoirs reconnus comme légitimes impliquent des procédures de contrôle des sujets parlants, deleur accès à cette sphère qui tend à se donner comme unifiée, uniforme et unique. L'ethnographie peut permettre de réfléchir sur ce pouvoir dans la production du savoir, non à partir de sa rationalité interne,mais plutôt des agonismes qui le traversent. Elle peut permettre de laisser voir ces conflits éthiques entre visions du monde, cette guerre en cours avec ses points de prise, ses tactiques et stratégies.De cette façon, les hégémonies dominantes, privilégiées et institutionnalisées se fracturent : « il y a des luttes »; il est possible d'en documenter les points d'appui, cibles et tactiques pour aider à leur densification. En lézardant nos grammaires préalables, l'ethnographie peut laisser émerger d'autres manières dont la lumière découpe le réel. Elle peut ainsi participer à l'émergence de savoirs extrainstitutionnels et appuyer la construction de savoirs expérientiels. En documentant les réflexions des gens sur leurs propres expériences, des outils peuvent être développés qui leur permettent de se déprendre des assignations identitaires dont elles et ils sont l'objet, de densifier les écarts (inexorables) par rapport aux formes d'action, fondements et statuts reconnus.
Nous assistons depuis quelques années à la renaissance de l’approche ethnographique en sciences sociales. Outre le nombre de travaux ethnographiques, leur diversité traversant les milieux sociaux (« riches », « pauvres », ruraux, urbains, etc.) est remarquable. La recherche ethnographique s’attache aussi à des groupes sociaux particuliers formés dans diverses configurations sociales (des lieux, des métiers et professions, des sports et des loisirs, des arts, etc.). Le présent colloque invite les chercheurs à communiquer leurs travaux ethnographiques et à se questionner sur leur apport essentiel et original dans notre connaissance du monde contemporain et dans le développement des sciences sociales.
Ce colloque sera aussi l’occasion de susciter une réflexivité théorique et méthodologique qui permettrait de mettre en rapport ces différents observatoires de la vie sociale. Attentives aux traces des activités humaines, à ses traces matérielles, corporelles et symboliques, les ethnographies contemporaines proposent implicitement des théories de la description de la vie sociale. Est-il possible de les expliciter? Serait-ce la base d’un travail comparatif ou de mise en rapport dans des schèmes sociographiques plus larges?
D’un point de vue méthodologique, l’ethnographie se particularise par son recours à l’observation « directe » ou « participante », mais certains considèrent que l’ethnographie procède bien plus d’une multiplicité de traces relatives à une diversité de matériaux, non réductibles à des relations de « co-présence ». Suivant ces débats, qu’est-ce que produire une connaissance ethnographique? Se définit-elle par un usage particulier des matériaux et des méthodes? L’approche ethnographique suscite aujourd’hui un foisonnement de travaux rendant ainsi pertinent les questionnements théoriques, méthodologiques et éthiques tels que le propose ce colloque.
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