Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Guillaume Beaulac : Yale University
J'introduirai, à l'aide d'une analyse inspirée de résultats récents en psychologie duraisonnement, deux idées permettant de penser et d'orienter autrement nos pratiquespédagogiques au collégial. Celles-ci encouragent l'exploration et l'utilisation d'outils qui ne sontpas fréquemment, voire pas du tout, présents dans la pédagogie au collégial, que ce soit à traversles méthodes ou les objectifs des formations. D'abord, l'idée de prudence épistémique vise àmettre en évidence le doute méthodologique et le questionnement, en philosophie et dans lesautres disciplines, permettant aux étudiantes et aux étudiants d'aborder les concepts étudiés et lesdécisions quotidiennes avec un certain recul—essentiel au développement de la pensée critique.Ensuite, j'introduis la notion d'environnements cognitifs, soit l'ensemble de facteurs qui peuventavoir des effets directs et indirects sur la prise de décision. Penser et repenser nos environnementscognitifs, mais surtout enseigner des stratégies pour améliorer le design de ces environnements deprise de décision, est une pratique qui n'est pas explorée dans le cadre de la réflexionpédagogique sur la pensée critique.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.