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Denise Lamontagne
Le pèlerinage annuel des Gitans désormais reconnus sous le vocable de « gens du voyage » donne lieu à une mise en scène inédite tant par le choix de la sainte tutélaire du pèlerinage que par les pratiques rituelles qui entourent la vénération de cette Sainte Sara, dite « Sara la noire » ou « Sara la Kali ». Les rituels entourant « Sara la noire » ont fait l'objet de nombreuses censures doctrinales de la part des clercs responsables de l'encadrement clérical dont nous avons analysé la correspondance au sein des archives diocésaines d'Aix en Provence. Ces recherches de nature historique au sein des archives religieuses nous ont conviés à un travail exploratoire sur le terrain de l'ethnologue qui, bien souvent, oblige l'historien à se réconcilier avec ses découvertes. C'est donc à partir de ce travail, hors des sentiers battus, que je présenterai le résultat de mes recherches sur les rituels qui se donnent à voir au cœur de ce lieu de pèlerinage religieux qui se transforme sous le regard de Sara la noire en un lieu festif où la présence des musiciens et danseurs font de cette fête magico-religieuse un lieu d'affirmation identitaire des gens du voyage.
Le rite est autant une action qu’une catégorie, un fait qu’une perspective, une expression qu’une expérience. Paradoxalement, les « pratiquants » des actions rituelles semblent être les derniers à s’y référer en tant que catégorie, alors que les chercheurs du social et du religieux souvent n’y participent pas et, surtout, n’y croient pas. Dans ce colloque, nous posons la question des nouveaux sentiers qui s’ouvrent aux études rituelles. Nous voulons dépasser le décalage entre la facticité de l’action et sa signification, ainsi que la distance entre la naïveté des acteurs rituels et les questionnements critiques des chercheurs. Deux sortes de sentiers s’ouvrent devant nous : les sentiers esthétiques et les sentiers socioculturels.
L’expérience esthétique est semblable à celle du rite. Historiquement, l’expérience esthétique a dû s’émanciper de l’expérience rituelle religieuse pour conquérir son autonomie. Le « divin » rituel semble dès lors ne pas pouvoir se concilier avec le « sublime » artistique. Cependant, ils se confondent souvent, tant du point de vue des sujets religieux que des artistes et même aussi du point de vue de l’action elle-même, quand le sujet religieux a recours aux arts dans ses liturgies ou quand l’artiste s’applique avec dévotion à l’acte créateur.
En ce qui concerne les sentiers socioculturels, la nouveauté se rencontre dans le rite lui-même, en tant que perspective à partir de laquelle envisager le social et le culturel. Ici, il faut être clair : il ne s’agit pas d’étudier le rite en fonction de la société et de la culture, mais d’étudier la société et la culture « dans » le rite.
Les sentiers esthétiques rejoignent les sentiers sociaux et culturels dans la proposition d’une plus grande attention à la performativité rituelle. Les sentiers socioculturels influent sur les sentiers esthétiques en exposant l’importance du contexte, au-delà de la simple extériorisation de la subjectivité. Ainsi, les nouveaux sentiers ouverts aux études rituelles sont concordants, autant en ce qui touche l’expérience rituelle que l’expérience humaine par elle proportionnée. Ils sont « perspectivistes » non seulement parce qu’ils ont recours à plusieurs points de vue pour observer et analyser les rites, mais aussi parce qu’ils envisagent la pluralité des dimensions qui les caractérise et se laissent guider par elle dans l’enquête de cette étrange sorte de « déterminisme » esthétique qui nous fait reconnaître le bon, le beau et le vrai.
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