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Helga Bories-Sawala : Universität Bremen
Cette constatation faite par Sylvie VINCENT et Bernard ARCAND dans leur analyse des manuels dans les années 1970 (L'image de l'Amérindien dans les manuels scolaires du Québec ou Comment les Québécois ne sont pas des sauvages, Montréal : Les Éditions Hurtubise 1979), est-elle encore valable de nos jours ?
Pour tâcher d'y répondre, ont été analysés avant tout les manuels de 3° et 4° secondaire actuellement en cours au Québec ainsi des livres du primaire que la même cohorte d'élèves a pu étudier quelques années auparavant. Pour rendre compte de l'évolution, les manuels actuels seront comparés à ceux parus avant la réforme de l'enseignement et avant le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996.
L'analyse de la représentation des peuples autochtones dans les manuels scolaires portera en particulier sur leur statut historique, le rôle qui leur est attribué dans l'histoire du Québec, la construction de l'opposition entre EUX et du NOUS à travers les comparaisons implicites et explicites, les influences mutuelles et l'interdépendance, les conflits historiques et actuels, les moments historiques particuliers (de la Croix de Gaspé à Oka en passant par la Grande paix de Montréal et Louis Riel), les personnalités identifiées par leur nom et enfin, les perceptions mutuelles entre Autochtones et non-Autochtones ainsi que l'importance du regard culturaliste voire folklorisant par rapport au regard socio-historique.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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