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Les grands peintres romantiques du XIXe siècle ont contribué à l'émergence, dans les pays du Nord, d'une vision esthétique de la nature, restée pure, et vierge. Ces représentations du naturalisme scientifique, ont donné lieu à la création des premiers grands parcs naturels dédiés à la conservation de la nature sauvage. Cet esthétique procède à la fois du vocabulaire et des méthodes inspirés de l'histoire de l'art : collecte, inventaire, conservation. Face à cette construction systématique et muséale de la nature et de sa biodiversité, les crises environnementales nous renvoient, quant à elles, à une nature humanisée, transformée, dégradée. Un parallèle apparaît entre la qualification esthétique de la nature et la vision culturaliste des peuples autochtones souvent considérés comme les garants de la durabilité. Nous voulons par cette communication à partir d'une analyse bibliographique sur les thèmes de la conservation de la nature et de la mise en patrimoine des espaces forestiers à travers la création d'aires protégées ou de parcs naturels, établir un parallèle avec un corpus de vocabulaire propre à l'histoire de l'art, notamment dans la mise en perspective des paysages du Canada et du Québec. Nous voudrions tester, au niveau narratif, l'usage de concepts tel que le caractère exceptionnel, la rareté ou la tradition, dans leur capacité à produire une sorte de schème métaphorique entre la conservation de la nature et la valorisation culturelle des populations autochtones.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.