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Brieg Capitaine : Université d'Ottawa
L'affirmation de la mémoire victimaire comme vérité historique suscite un certain nombre de controverses en particulier dues à l'usage du terme génocide pour qualifier la conquête des Amériques ou plus récemment les pensionnats indiens. Pour certains intellectuels, attachés à l'universalisme et à la représentation des Autochtones comme acteur historique, cette mémoire porteuse de souffrances nuirait au processus de réconciliation et renfermerait en elle la potentialité d'un « abus de mémoire » (Trudel 2014).
Contre cette tendance, nous envisageons cette mémoire victimaire comme un effort pour rompre avec la violence coloniale. Elle agit ainsi à plusieurs niveaux sur la société et ses acteurs. D'une part, en étendant le traumatisme vécu individuellement à l'ensemble de la collectivité, cette mémoire révèle la créativité d'un sujet collectif et sa capacité à reconstruire une identité collective détruite par les entreprises assimilationnistes successives. D'autre part, alors que les pensionnats ont déshumanisé des générations d'autochtones en niant leur individualité au profit de leur race, cette mémoire victimaire, directement portée par l'expérience des individus, contribue à la restauration de leur subjectivité. En somme, si la mémoire des survivants jaillit d'une manière qui paraître brutale, c'est parce qu'elle est à la hauteur de la violence coloniale qu'elle combat.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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