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Christiane Guay : UQO - Université du Québec en Outaouais
Le renouvellement des pratiques d'intervention sociales au sein des communautés autochtones est un défi de taille pour cette discipline, et suppose, d'abord et avant tout, de se questionner sur la place à donner aux savoirs autochtones et aux nouvelles avenues possibles pour le développement de la connaissance.
Or, les principales perspectives théoriques sur lesquelles se fondent les stratégies d'institutionnalisation du savoir autochtone en travail social ont plutôt tendance à occulter les capacités intrinsèques des intervenants autochtones à innover ou à aménager, au quotidien, des pratiques d'intervention sociales qui sont plus compatibles avec leur mode de vie et leur vision du monde. Pourtant, l'action de ces intervenants s'inscrit dans une volonté de participer activement aux transformations sociales qui s'opèrent dans leur société. Pour saisir toute la complexité qui se donne à voir au sein des communautés autochtones un basculement théorique et épistémologique s'impose.
En rendant compte d'une recherche réalisée auprès d'intervenants sociaux innus de la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam notre contribution à cette conférence illustrera en quoi un tel basculement peut, non seulement mettre en dialogue les discours produit par la recherche, mais également accéder à une meilleure compréhension des formes contemporaines que prend la pratique d'intervention sociale lorsque cette dernière est portée par des Autochtones dans un milieu autochtone.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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