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Élisabeth Di Lalla-Besner : Université de Montréal
La neutralité et l'engagement axiologique du chercheur s'opposent-ils dans le cadre d'une recherche sur les croyances ? Cette question abordée à ce colloque, en intéresse une autre : celle de la Charte des valeurs du Québec, qui présente paradoxalement, une charte axiologique qui défend la neutralité religieuse de l'État. Neutralité et engagement s'opposent-ils ? Afin de nous aider à résoudre le problème, nous procéderons à une analyse critique de ces concepts de neutralité et d'axiologie (la théorie des valeurs) : leurs origines, leurs développements et leurs significations pour mieux saisir le rapprochement que fait Weber de ces deux schèmes en proposant la neutralité axiologique. À partir de nos conclusions, nous présenterons le dilemme entre l'engagement et la neutralité axiologique d'un chercheur dans le domaine du croire comme un faux problème issu d'une fausse conception du croire. Nous distinguerons le croire en tant que faculté neutre de la personne et la croyance sujette à objectivation. Nous présenterons le croire comme moteur de recherche et l'hypothèse comme étant une croyance. La démarche de soutenance de thèse est une démarche de validation d'une croyance. Cette croyance s'assujettit à la réfutation. Notre thèse repose sur le fait que ce n'est pas la raison qui rend objectif, mais le vrai. Le rationalisme s'oppose au fidéisme, mais la neutralité axiologique ne peut s'opposer à l'engagement axiologique.
Le « religieux », sous ses différentes figures comme la religion, le croire, les usages rituels, le sacré et bien d’autres encore, est devenu l’un des objets d’investigation les plus questionné en sciences humaines et sociales. Le bassin sémantique du religieux interroge sociologues, juristes et politologues qui les abordent notamment sous l’angle de la sécularisation, de la laïcité et du phénomène religieux, tout comme il continue de questionner philosophes, théologiens et religiologues sur le sens à lui donner. Mais le religieux est-il un « objet de recherche » comme les autres?
Plus spécifiquement, les récentes recherches sur le religieux ont été le lieu de nombreuses interrogations épistémologiques, méthodologiques et éthiques sur le positionnement du chercheur et de son sujet d’études. La distinction classique entre « expliquer » et « comprendre » a été progressivement remplacée par d’autres perspectives (transdisciplinarité, interculturalité, autoformation, etc.) et les études sur le religieux ont été des incubateurs privilégiés pour repenser, entre autres, les rapports théoriques et pratiques entre homme-femme, matérialité-spiritualité et religion-démocratie. L’approche du religieux, par la nature de son sujet, et par son caractère « inconnaissable » à une époque où la science est marquée par l’incertitude, a été le lieu de renouvellement des interactions entre le chercheur et son objet.
Ce sont ces nouvelles approches, leurs articulations novatrices et les alliances nouvelles dont elles sont porteuses qui seront l’objet premier de nos délibérations. Que ce soient les interrogations sur le positionnement axiologique du chercheur vis-à-vis le « religieux », l’imputabilité du chercheur devant la science qu’il produit ou le rôle du religieux dans l’identité du chercheur, l’objectif du colloque sera d’explorer quelques-unes des pistes originales, épistémologiques et méthodologiques, qu’ouvrent aujourd’hui les études sur le religieux.
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