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Karolinne Sotomayor Azambuja Canazilles : UQO - Université du Québec en Outaouais
Cette étude vise à expliquer comment et pourquoi l'artisanat contribue à l'affirmation de l'identité d'un groupe autochtone et le rôle de la vente de cet artisanat. Le cas de l'ethnicité Kinikinau est unique car elle a été déclarée "disparue" par les chercheurs, a été soumise à une période d'invisibilité dans les documents officiels et a été considerée comme un sous-groupe Terena. La résistance Kinikinau et leur “volonté à la différence” ont influencé la recherche de traditions oubliées, ce qui a abouti à la “réinvention” de l'artisanat. À fin siècle XX et au début du XXI , le groupe ethnique utilise cet artisanat, couplé avec le marché, comme instrument de reconnaissance et visibilité. Nous montrerons comment un groupe ethnique utilise la production et la vente d'art pour affirmer son identité et pour se différencier des autres groupes autochtones. Nous explorerons les limites du marché capitaliste dans la vente de l'artisanat pour donner de la visibilité à ce groupe ethnique. La collecte des données empiriques a été menée à travers des visites aux centres de vente d'artisanat à Bonito et des visites au village São João, la réserve indigene Kadiwéu à Porto Murtinho au Brésil. Des entretiens semi-structurés avec des commerçants et artisans ont été effectués et des sources secondaires ont été consultées.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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