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Mireille Truong : Toronto Metropolitan University
Dans Lame de fond de Linda Lê, Van, personnage vietnamien marié à une Française et vivant en France, se donne comme principe directeur relatif à son passé : « ne rien oublier, ne rien renier, mais me distancier des chiens qui retournent à leur vomi ». Dans Rapaces, Anna Moï met en scène un vietminh de la résistance anticoloniale des années 50. Dans Mãn, Kim Thúy inscrit délicatement en marge de son texte des mots vietnamiens, sans omettre les accents de cette langue à modulations tonales subtiles. Figurent également dans le roman trois générations de mères. Celle de la guerre du Viêtnam veut protéger le père qui a connu la guerre d'Indochine des disputes entre frères et sœurs « car il était déjà témoin et juge de la déchirure de son pays, de sa culture, de son peuple » (22). Anna Moï, Linda Lê et Kim Thúy n'ont vécu de l'Indochine que ses séquelles (car nées en 1954). Poser la question du récit colonial dans leurs romans, c'est poser la question de la responsabilité de l'écrivain dans la mémoire collective, c'est peut-être aussi poser la question de la future absence de ce récit dans la prochaine génération, née ailleurs et la lui reprocher. Que dire sans mener un réquisitoire contre les écrivaines qui auront peut-être contribué par leur succès même de romancières « francophones », tributaires de la domination de la France dans l'édition et la circulation, à la « transfiguration en mythes rassurants et flatteurs » des faits coloniaux ? C'est ce que nous allons essayer de faire.
Ce colloque invite les chercheurs de tous bords à une réflexion sur les représentations de la colonisation dans les littératures francophones contemporaines. Les angles de réflexion suivront — sans obligatoirement s’y limiter — les questionnements suivants : Comment les littératures francophones contemporaines représentent-elles la colonisation? L’investissent-elles de nouveaux contenus? Lui fixent-elles de nouveaux enjeux? Déploient-elles de nouvelles techniques d’écriture? Quelles nouvelles utopies, quels nouveaux projets de société proposent-elles et à quelles fins? À quelle nouvelle épistémè le champ littéraire francophone contemporain, en gardant ouverte la page de l’histoire coloniale, ouvre-t-elle? Quel(s) autre(s) savoir(s) sur le phénomène colonial — et ses divers épiphénomènes — cette épistémè recèle-t-elle? À quelle nouvelle (méta)critique du fait colonial les textes littéraires s’emploient-ils? Comment inscrivent-ils, dans leur déploiement narratif et énonciatif, la mémoire coloniale?
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