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Jonathan Durand Folco : Université Saint-Paul
Le philosophe et homme politique italien Antonio Gramsci est généralement connu pour son concept d'« hégémonie » et le rôle central qu'il attribue à l'« intellectuel organique » dans la construction d'une vision du monde permettant aux classes subalternes de prendre conscience de leurs conditions et de guider l'action révolutionnaire. Au-delà de la distinction qu'il établit entre les intellectuels organiquement liés aux principaux groupes sociaux d'une époque et les « intellectuels traditionnels » qui s'inscrivent dans une continuité historique, une troisième figure surgit mystérieusement au livre 10 §14 de ses Cahiers de prison : le « philosophe démocratique ». Celui-ci apparaît à la fois comme vulgarisateur d'une réforme intellectuelle et morale, moment cathartique d'une histoire éthico-politique et catalyseur d'un front culturel visant à générer une volonté collective. Pour comprendre ce concept méconnu du lexique gramscien, nous analyserons les rapports entre le penseur et son milieu culturel, le savoir théorique et l'expérience pratique, la philosophie de la praxis et le sens commun, l'idéologie et le parti politique. Autrement dit, il s'agit d'éclaircir le sens d'une philosophie démocratique et populaire en tant qu'expérimentation « des intellectualités nouvelles et intégrales, autrement dit comme creuset de l'unification de la théorie et de la pratique entendue comme procès historique réel. »
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.