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Antoine PAGEAU ST-HILAIRE : University of Chicago
Le problème du rapport entre théorie et pratique remonte certainement aussi loin qu'à la philosophie politique platonicienne. En thématisant avec le personnage de Socrate le rapport conflictuel entre le philosophe et la cité, Platon fit voire une tension entre ces deux sphères de la vie humaine, tension qui culmine dans l'impossible réalisation du meilleur régime (Savadago 1999). Emmanuel Kant, à l'opposé, pensa le rapport théorie-pratique par-delà l'idée de tension : il voit plutôt une conformité et une harmonie de ces deux pôles. Nous voulons montrer ici comment Kant établit ce rapport harmonieux en s'inspirant d'une lecture non-conflictuelle de l'idée platonicienne du philosophe-roi (Hassner 1961). De fait, son enthousiasme pour cette apparente réconciliation du théorique et du pratique – qui se fait déjà sentir dès la première Critique (A 316-319/ B372-375) – semble avoir influencé sa conception du rôle politique du philosophe. Après avoir présenté une lecture conflictuelle du rapport du philosophe à sa communauté politique chez Platon, nous suggérerons que Kant reprend à son compte l'idée du philosophe-roi pour exposer la responsabilité du philosophe à l'égard du progrès moral et politique de sa communauté – responsabilité qui se manifeste surtout dans ses textes sur la paix et l'histoire.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
Thème du colloque :