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Jorge Andrés Pemjean Letelier : Université Laval
Jürgen Habermas explicite le double rapport qui unit théorie et pratique. D'une part, Habermas soutient que théorie et pratique se recoupent sur l'exigence de poser un fondement intersubjectif aux institutions sociales en conformité avec un principe procédural de rationalité opérant dans les trois sphères communicationnelles des sociétés modernes (l'espace public des États démocratiques, la communauté scientifique et la sphère individuelle de la personnalité). D'autre part, Habermas insiste sur la nécessité de recourir au discours rationnel pour percer à jour l'éclosion des pathologies sociales entraînées par les processus de modernisation, paradoxes d'une modernité déraillée qui risquent d'induire un délitement du lien social. Habermas prétend que l'évolution des sociétés ne saurait être livrée à une dérive systémique dénuée de signification éthique. Or, pour préserver les acquis normatifs de la modernité, Habermas doit faire appel à une anthropologie philosophique faible, car la possibilité d'une rationalité communicationnelle reposerait, à lui en croire, sur les capacités de parler et d'agir. Ainsi, le rapport entre théorie et pratique est caractérisé en ayant recours à une théorie de la communication qui se veut à la fois une théorie critique de la société. Nous montrerons, en guise de conclusion, que la philosophie de Habermas renferme une certaine tension par le fait même d'expliciter ledit rapport en empruntant un biais post-métaphysique.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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