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Jean-François Perrier : Université Laval
Les questions concernant les animaux requièrent une attention particulière et demandent une vigilance accrue, en raison notamment de la multiplicité des déterminations qui accompagnent la notion floue « d'Animal », sous laquelle tous les animaux non humains sont indistinctement catégorisés. Il s'agira ici de questionner deux monuments de la phénoménologie sur la question des animaux, à savoir Martin Heidegger et Edmund Husserl.
Pour ce faire, l'œuvre de Jacques Derrida s'avère fondamentale afin de nous questionner. En effet, Derrida fait voir que s'interroger sur la façon dont nous sommes affectés par les animaux, et savoir comment il est possible d'en faire une expérience véritable, c'est se questionner sur l'ouverture, et la fermeture possible, de notre affectivité et, ce faisant, sur la possibilité d'une véritable expérience de l'altérité.
Le mutisme des animaux, notamment lorsque celui-ci nous regarde, semble commander une expérience affective signifiante, voire, disposer le sujet à l'authenticité d'une expérience éthique. L'expérience-limite de se retrouver face à un chat qui me voit le voir me voir, conduit à une expérience de l'étrangeté, en ceci que l'animal me regarde pour ne rien dire et ne rien faire. Le sujet qui fait cette expérience serait ainsi conduit à saisir l'irréductible antériorité de l'animal, son altérité infranchissable, au sein même de sa propre constitution, tant et si bien que la frontière rigide entre Homme et Animal n'est plus assurée.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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