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Zoé Dontigny-Charette : UQO - Université du Québec en Outaouais
Cette communication porte sur les transformations des rapports de genre provoquées par la colonisation, puis la décolonisation du Peuple premier Karen de Birmanie. Les résultats présentés ici sont issus d'une recherche effectuée au printemps 2012 dans des villages et dans des camps de réfugiés Karen en Thaïlande.
La conquête britannique a conduit à une redéfinition des rapports de genre au sein de la société Karen, notamment en important des nouvelles formes de travail et en dévalorisaient le rôle traditionnel des femmes. Malgré la décolonisation, les rapports de genres issus de la période britannique ont continué à prévaloir, si bien que les femmes occupent toujours une place de subordonnée au sein de la société. L'arrivée des ONG venues « aider » les Karen victimes de la guerre et forcés de vivre dans les camps de réfugiés a induit une nouvelle forme de domination textuelle. En effet, les agences internationales font, au nom de l'universalisme des valeurs occidentales, la promotion, au sein des camps de réfugiés, de l'égalité et de l'identité des rôles entre les hommes et les femmes.
Nos entrevues attestent d'un malaise au sein de la population Karen qui ne se reconnait pas dans ces valeurs occidentales. Tant les hommes que les femmes se sentent dépossédés de leur manière de définir les rapports sociaux. Face à cette domination textuelle, des femmes se sont mobilisées pour se réapproprier le droit de redéfinir par elles-mêmes les relations au sein de la famille et de la communauté.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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