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Mathieu Lainé
L'opposition entre la théorie et la pratique est un topos (τόπος) de la littérature philosophique marxiste et on l'invoque argumentativement afin de distinguer ce qui serait la philosophie de Marx de cette autre philosophie, servile celle-là, que Marx a condamnée. La pratique, nous assure-t-on, serait l'aune à laquelle se mesurerait la justesse de la théorie, et on cite invariablement l'une ou l'autre des thèses du jeune Marx afin de nous en convaincre ; or, pour autant qu'il soit raisonnablement possible d'en juger, la littérature philosophique marxiste ne contient pas la moindre proposition susceptible d'être vérifiée par la pratique et jamais la pratique, fût-elle scientifique ou historique, n'a confirmé l'une ou l'autre de ses ambitieuses propositions. En fait, même si l'on supposait, sans l'admettre, que la pratique permet véritablement de jauger la théorie, cette pratique tend plutôt à montrer que la philosophie que l'on prête à Marx est incapable de rendre compte des phénomènes naturels ou sociaux qu'elle prétend orgueilleusement élucider. C'est précisément l'insuffisance de ce topos de la littérature philosophique marxiste que nous nous proposons d'explorer dans le cadre de cette présentation — nous chercherons à en rappeler les origines et les visées, mais, surtout, nous chercherons à en montrer les limites logiques et les plus importantes failles.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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