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Karine Desjardins : UQO - Université du Québec en Outaouais
Depuis quelques décennies, le renouveau des pratiques autochtones de spiritualité a amorcé la volonté de décoloniser les différents sites sacrés ancestraux. Ce phénomène panaméricain démontre le désir des Autochtones à vouloir faire partie prenante des consultations lors de la désignation des aires à protéger tout en voulant partager leurs savoirs ancestraux liés aux lieux sacrés. Renommer ces endroits chargés de sens, de souvenirs et d'expériences contribue à réduire le fossé sémantique qui s'est creusé entre les générations du fait de la colonisation textuelle. Cela permet de garder vivante la mémoire des lieux et favorise la reconstruction du cercle de la transmission des savoirs. Mieux comprendre la représentation autochtone du territoire et la place que celui-ci occupe dans le processus de guérison semble nécessaire pour la réconciliation des nations. Néanmoins, ce processus n'est pas toujours compatible avec les schèmes d'entendement d'une pensée occidentale contre laquelle viennent se heurter les valeurs culturelles, les croyances spirituelles et l'esthétique autochtone.
Le double débat autour de la dénomination de « L'île Indien du lac Commandant », un lieu sacré autochtone ancestral où demeuraient les ancêtres du leader spirituel William Commanda met en exergue cette dichotomie ontologique. Le débat tourne d'abord autour du vocable colonial et ensuite sur la substitution du nom du leader autochtone par celui d'« héros » canadien.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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