pen icon Colloque
quote

« Traiter la politique d'une manière positive » : empirisme sociologique, expertise scientifique et expérimentalisme social dans la « philosophie positive » d'Auguste Comte

VG

Membre a labase

Vincent Guillin : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

L'ambition de fournir une conception systématique du gouvernement des sociétés modernes a animé de bout en bout l'œuvre de Comte, de ses écrits de jeunesse des années 1820 jusqu'à ses ultimes publications de la fin des années 1850, du Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société (1822) à son Système de politique positive (1851-1854).

Une telle entreprise suppose, de l'aveu même de Comte, que l'on puisse « élever la politique au rang des sciences d'observation », condition de l'avènement d'une connaissance positive des faits sociaux : mais qu'est-ce observe la sociologie? De quoi le sociologue fait-il l'expérience?

Si la réorganisation d'un monde occidental en crise passe par l'élaboration d'une nouvelle doctrine sociale produite conformément aux exigences de l'esprit positif, quelle fonction politique conférer à la classe savante en général, et aux sociologues en particulier? Si la « capacité théorique » doit dorénavant se penser aussi comme « force morale », à quelles conditions l'expertise scientifique peut-elle se muer, pour Comte, en « gouvernement des savants »?

Dans une sociologie qui proscrit la possibilité même de l'expérimentation sociale, parce qu'elle conçoit la société comme une totalité organiquement structurée et dont le développement est soumis au déterminisme historique, mais qui ne veut pas se réduire à une « sociodicée », comment penser la possibilité même d'un espace propre à l'action politique?

Résumé du colloque

L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.

Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.

Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.

Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 29 mai 2015

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :