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Maria Anastasaki : Université Concordia
Il serait curieux de remplacer quelques mots de l'argumentaire du colloque pour illustrer la complexité et la pertinence de ses questions centrales. Remplaçons « religieux » par « féminisme ». « La chercheuse doit-elle adopter une neutralité axiologique même lorsque ses croyances et ses convictions sont interpellées? Peut-elle le faire? La recherche sur le « féminisme » requiert-elle, plus que tout autre domaine de recherche, l'engagement axiologique et même genré de la chercheuse? Est-ce que le féminisme est un objet d'étude comme un autre? ». Le féminisme, ou plutôt les féminismes, sont des positions épistémologiques, méthodologiques et éthiques nées et mûries à partir de la prémisse que les femmes sont structurellement et socialement dominées parce que femmes et autres. Ainsi, les féminismes se construisent pour les femmes et par les femmes. Par extension, est-ce que les chercheurs masculins peuvent critiquer ou faire avancer, de manière féministe, les positions épistémologiques, méthodologiques et éthiques des féminismes? Les recherches sur le féminisme requièrent-elles l'engagement genré des chercheurs? Quels impacts peuvent avoir l'identité d'une personne sur sa compréhension d'un objet de recherche ou sur la crédibilité que ses pairs lui accordent?
Le « religieux », sous ses différentes figures comme la religion, le croire, les usages rituels, le sacré et bien d’autres encore, est devenu l’un des objets d’investigation les plus questionné en sciences humaines et sociales. Le bassin sémantique du religieux interroge sociologues, juristes et politologues qui les abordent notamment sous l’angle de la sécularisation, de la laïcité et du phénomène religieux, tout comme il continue de questionner philosophes, théologiens et religiologues sur le sens à lui donner. Mais le religieux est-il un « objet de recherche » comme les autres?
Plus spécifiquement, les récentes recherches sur le religieux ont été le lieu de nombreuses interrogations épistémologiques, méthodologiques et éthiques sur le positionnement du chercheur et de son sujet d’études. La distinction classique entre « expliquer » et « comprendre » a été progressivement remplacée par d’autres perspectives (transdisciplinarité, interculturalité, autoformation, etc.) et les études sur le religieux ont été des incubateurs privilégiés pour repenser, entre autres, les rapports théoriques et pratiques entre homme-femme, matérialité-spiritualité et religion-démocratie. L’approche du religieux, par la nature de son sujet, et par son caractère « inconnaissable » à une époque où la science est marquée par l’incertitude, a été le lieu de renouvellement des interactions entre le chercheur et son objet.
Ce sont ces nouvelles approches, leurs articulations novatrices et les alliances nouvelles dont elles sont porteuses qui seront l’objet premier de nos délibérations. Que ce soient les interrogations sur le positionnement axiologique du chercheur vis-à-vis le « religieux », l’imputabilité du chercheur devant la science qu’il produit ou le rôle du religieux dans l’identité du chercheur, l’objectif du colloque sera d’explorer quelques-unes des pistes originales, épistémologiques et méthodologiques, qu’ouvrent aujourd’hui les études sur le religieux.
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