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Roxanne Dupont : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les Occidentaux ont longtemps dominés l'espace médiatique et cinématographique au Québec, ceci a fait en sorte d'insérer dans l'esprit des Québécois une image ethnocentrique, folkorique et surtout stéréotypée des Autochtones. Contrairement à ce que croient les tenants des théories postcoloniales, qui estiment que les Autochtones ne sont pas en mesure de créer leurs sociétés, plusieurs jeunes autochtones agissent comme acteurs de changement en s'emparant des outils technologiques issus de la culture occidentale pour exprimer leurs préoccupations.. L'art et les médias agissent depuis les dernières décennies, en tant que vecteurs d'autodétermination, de résistance et d'affirmation identitaire pour les Autochtones en procurant un espace d'expression unique. Aujourd'hui, c'est à l'aide de projets créatifs comme le Wapikoni Mobile qui offre la possibilité à de nombreux jeunes autochtones de créer des courts-métrages sur le sujet de leur choix, que ces jeunes participent à la construction d'un futur collectif. Les 400 courts-métrages observés dans le cadre de ce mémoire ont démontré que les jeunes sont particulièrement préoccupés par la spoliation de leur territoire qui signifie pour eux la destruction de leur culture et de leur identité. Ceci étant dit, les nouveaux médias ont pour avantage, en favorisant l'échange et la mobilisation, de leur permettre de participer activement à la préservation de leur culture en retissant les liens tant avec le territoire qu'avec les Aînés.
Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.
Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.
Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.
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