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Vers une éthique de la réciprocité : création d'un partenariat pour l'étude des chants traditionnels eeyoush de Chisasibi

RC

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Roxane Campeau : Université de Montréal

Résumé de la communication

La création de partenariats avec les Premières Nations est un élément essentiel de toute
enquête de terrain située dans le Nord du Québec. Toutefois, ces partenariats ont pu
alimenter un mouvement d'intégration des savoirs autochtones, triés par les chercheures
«du
sud», annexés au savoir scientifique occidental (Martin 2004). Dans l'étude
ethnomusicologique qui nous préoccupe, nous tentons d'évoluer dans un cadre théorique de
la reconnaissance des peuples (Seymour 2008). Pour ce faire, nous identifions deux volets
vers une éthique de la réciprocité: d'abord, les caractéristiques de la culture Crie de Chisasibi
sont étudiées, Ensuite, la valorisation du rôle des structures de cette communauté d'Eeyou
Istchee est effectuée. Conséquemment, notre communication présente les points de vue de
trois actrices rassemblées autour des chants dits «de chasse» et «de parenté»: une
chercheure extérieure à la communauté, une chercheure travaillant sur les rites de passage
au sein d'un département du Conseil Cri de la Santé, puis la fondatrice de l'Institut Culturel
Cri de Chisasibi. Nos voix sont antagonistes au paradigme de cogestion,
où les savoirs
traditionnels écologiques sont perçus comme des ressources supplémentaires à extraire du
Nord. La recherche sur ces chants de Chisasibi poursuit plutôt le double but suivant:
s'inscrire dans une démarche de décolonisation de la recherche et valoriser les
enseignements chantés et leur articulation avec le milieu de vie d'Eeyou Istchee.

Résumé du colloque

Au début des années 1960, Lévi-Strauss prédisait que l’anthropologie allait subir une crise majeure, car son « objet d’étude principal », l’indigène, échappait à son emprise. Non seulement parce que les mouvements d’émancipation remettaient en question la légitimité du pouvoir colonial, mais aussi parce que les membres des peuples dominés commençaient à réfuter les discours qui justifiaient le colonialisme. Quinze ans plus tard, Saïd publiait L’orientalisme, un ouvrage dans lequel il dénonçait la « domination textuelle » de l’Occident sur l’Orient. Pour Saïd, la littérature et les narrations européennes qui dépeignaient l’Orient ainsi que les analyses universitaires qui soutenaient que la « Raison » devaient être imposées aux Orientaux servaient de justification au projet colonial.

Cette domination textuelle a longtemps minimisé les productions littéraires, artistiques, intellectuelles ainsi que les connaissances des peuples colonisés. Avec la montée des mouvements de décolonisation, les intellectuels des pays dominés ont entrepris une contestation de cette textualité. Celle-ci a pris plusieurs formes, la première consistant à déconstruire les discours eurocentristes en contestant l’universalisme des valeurs et de la science occidentale. La seconde permit aux peuples colonisés d’actualiser et de valoriser leurs propres narrations, leurs propres discours, leurs propres textes littéraires, traditions esthétiques et religions.

Saïd a été l’un des premiers à théoriser et à déconstruire la colonisation textuelle effectuée par les institutions occidentales. Récemment, s’est développé au sein des peuples autochtones ce même processus de décolonisation textuelle. ­L’objectif de cet atelier est d’examiner les différentes composantes de ce processus : réécriture critique de l’histoire; décolonisation de la recherche, de l’éthique et des méthodologies; productions littéraires, cinématographiques et artistiques destinées à rendre aux autochtones le contrôle de leur propre textualité.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 29 mai 2015

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