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Marie-Claude Jacques : Université de Sherbrooke
Ce récit de pratique racontera comment une conception infirmière de l'adaptation a servi de cadre théorique dans une théorisation ancrée ayant pour sujet l'adaptation des personnes vivant avec la schizophrénie. Le cadre théorique de départ était le modèle de l'adaptation de Roy. Ce modèle a été utilisé au départ simplement pour définir l'« adaptation » et les « stratégies d'adaptation ». Ces conceptions ont été ensuite mises de côté afin de laisser le plus possible de place à de nouvelles idées ou conceptions qui auraient pu émerger des données. Or, il est assez vite apparu que les participants ne parlaient pas vraiment de leurs stratégies d'adaptation. Ceci a généré assez d'inquiétude pour bloquer le processus d'analyse. Devant l'impasse, il a été décidé de simplement poursuivre l'analyse en fonction des catégories en construction, même s'il ne s'agissait pas d'adaptation. La clé de cette « non-adaptation » a finalement été révélée par un participant. À partir de là, les catégories ont pu être reliées entre elles et leur sens est devenu nettement plus clair. Par la suite, un retour au modèle de Roy a permis d'achever la compréhension du phénomène et de le situer par rapport à celle-ci, ainsi qu'à d'autres conceptions de l'adaptation. Cette expérience de recherche aura permis de développer une grande confiance quant au pouvoir de la méthodologie de la théorisation ancrée, et, disons-le, d'apprendre à respecter davantage les théories d'autrui.
Ce colloque réunira des chercheurs de différentes disciplines autour de récits de pratique de recherche sur l’usage de théories lors de l’analyse qualitative de données. Terme polysémique, la « théorie » renvoie à des postures épistémologiques, à des considérations méthodologiques ou, encore, à des cadres conceptuels invoqués pour appréhender un phénomène. Conçue comme bricolage (Denzin et Lincoln, 1994), assemblage (Jackson et Mazzei, 2012) ou réalisation-en-devenir, et donc difficile à déterminer a priori (St. Pierre et Jackson, 2014), la mobilisation de théories en cours d’analyse qualitative est un principe essentiel de rigueur scientifique. Néanmoins, l’« équation intellectuelle du chercheur » (Paillé et Mucchielli, 2012) est souvent occultée des comptes rendus de la recherche qualitative (Anfara et Mertz, 2015). À l’enseigne de récits de pratique privilégiant le savoir-agir du praticien (Desgagné, 2005), nous invitons des chercheurs à raconter comment se déroule le processus inventif de l’analyse qualitative conjuguant une ou des théories par voie de récits de leur pratique. Il s’agira de : 1) reconstruire sous forme narrative une expérience singulière d’analyse qualitative où l’usage de la théorie s’est avéré un défi; 2) faire part des questionnements et décisions prises pour conjuguer avec ce défi, sur un mode délibératif de pensée-en-action plutôt que procédural; et 3) dégager des constats du dénouement de ce récit, particulièrement en ce qui concerne la résolution des problèmes rencontrés. À partir de ces regards à distance et d’une animation privilégiant la coréflexion entre participants, ce colloque distinguera différentes manières de concevoir l’usage de théories durant l’analyse qualitative. De plus, il s’agira d’expliciter le processus implicite de négociation du chercheur avec les données, à travers le prisme de ses théories; de reconnaître les transformations génératrices qui en résultent; et de cerner les enjeux qu’il reste à réfléchir.
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