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Florence Vinit : UQAM - Université du Québec à Montréal
« La contradiction lourd-léger est la plus mystérieuse et la plus ambiguë de toutes les contradictions. » écrivait M. Kundera dans le Livre de l'Oubli. Le personnage clownesque porte en lui cette tension en étant capable d'exagérer, de souligner un trait, de caricaturer pour amener le rire, mais également de garder une forme de légèreté le préservant de tomber du côté du déplacé, de l'inconvenant ou même du tragique. Le clown est ainsi un être de frontière, marchant tel un funambule entre le rire et les larmes, entre la vulnérabilité et l'arrogance. Depuis vingt ans, on le voit arriver dans des établissements de santé, en pédiatrie mais aussi dans des départements traversés par le risque ou le réel de la mort : soins intensifs, urgences, mais aussi maisons de soins palliatifs. Dans des zones de combat, des personnages au nez rouge sont également venus manifester ayant comme seule arme leur fragilité assumée et leur sourire naïf.
Cette présentation cherchera à comprendre ce qui permet aux clowns docteurs de pouvoir investir des lieux où la souffrance et la mort sont des enjeux indépassables. Comment interviennent-ils dans ces endroits? De quoi sont-ils porteurs? Comment partagent-ils, avec certaines formes de tradition philosophique (comme la posture phénoménologique ou le bouddhisme) la capacité à suspendre tout jugement pour revenir fondamentalement au moment présent?
À première vue, l’humour et la mort ne présentent pas de points de rencontre. Comment peut-on rire d’un événement aussi tragique que la disparition de soi ou d’êtres chers? Les modalités complexes du deuil, les affects de tristesse et de chagrin suggèrent qu’un décès s’accompagne d’émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté et à la plaisanterie. À l’inverse, l’humour peut être source de réactions extrêmes pouvant aller jusqu’à la violence et au meurtre. L’exemple des caricatures de Charlie Hebdo et de la fusillade qui a entraîné la mort de plusieurs dessinateurs de ce journal suggère que la raillerie, l’ironie et la satire ne sont pas appréciées quand elles s’attaquent à des sujets porteurs de valeurs considérées comme absolues. Les relations entre ces deux ordres, mort et humour, n’ont pas encore fait l’objet d’une réflexion critique et empirique et, dans cette perspective, le colloque présenté par la revue Frontières, une revue qui porte sur les enjeux de la mort, vise à aborder cette problématique à partir d’un point de vue interdisciplinaire.
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