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Stéphane Balas : CRTD CNAM Paris
L'efficacité des dispositifs de formation, qu'ils conduisent ou non à la délivrance de diplôme, qu'ils s'adressent à des jeunes en formation initiale ou à des adultes en formation continue, est depuis toujours mise en débat. Faut-il espérer « fabriquer des professionnels » compétents dès leur insertion ? Doit-on construire le dispositif formatif en reproduisant fidèlement les situations professionnelles réelles ? N'est-il pas finalement plus efficace de laisser l'apprenant se former « sur le tas » ?
Nous défendrons l'idée qu'une formation professionnelle ne peut se concevoir comme une reconstitution de situations de travail mais doit au contraire s'écarter du travail, en aidant l'apprenant à faire évoluer son point de vue sur ses propres activités et sur celles des autres. Par exemple, l'apprenant doit pouvoir, dans le dispositif, conduire une réflexion sur les notions de singulier et de général.
En fait, le dispositif de formation doit permettre de proposer à l'apprenant de s'écarter de la situation de travail réelle afin qu'il fasse des expériences au-delà de les vivre, c'est-à-dire développer sa lucidité sur l'activité mise en œuvre. Au plan méthodologique, il semble pertinent de s'inspirer de la méthode de la double stimulation proposée par Vygotski.
Nous montrerons, à partir d'une formation continue de manageurs, comment nous pouvons nous appuyer sur l'activité réelle des formés pour s'en écarter, afin de les aider à devenir acteurs de la fabrication de leurs compétences.
La formation professionnelle, qu’elle se déploie sous régime scolaire (enseignement professionnel, technique ou universitaire) ou par la voie du travail (apprentissage en milieu de travail, compagnonnage, formation continue), a pour objet l’apprentissage d’un métier, d’une technique, d’une profession. Les pratiques des acteurs individuels (apprenant, enseignant, formateur, direction, compagnon, chef d’entreprise, etc.) et collectifs (groupe-classe, équipe-école ou départementale, commission scolaire, comités sectoriels, mutuelles de formation, syndicats, etc.) prennent forme à la croisée de dynamiques multiples. Elles se concrétisent ainsi sous l’influence d’enjeux, d’approches et de perspectives variées et complexes à articuler : les aspects pédago-didactiques (les approches de conception de la formation et des situations d’enseignement-apprentissage, les didactiques professionnelles en émergence, les contenus et les modalités de formation des enseignants et des formateurs ainsi que des divers types d’apprenants qu’ils forment), organisationnels (modalités de gestion et de financement, recrutement des enseignants, évaluation, qualification), sociaux (réussite éducative, insertion professionnelle des personnes formées), économiques (injonctions du milieu de travail, offre de formation, coût des infrastructures) et politiques (entre différents ministères ou au sein d’organismes décentralisés). Les microprocessus liés à la formation et à l’apprentissage professionnel, les gestes posés dans des environnements locaux, sont ainsi à comprendre à l’une des dynamiques à l’œuvre dans les mésosystèmes (l’établissement, l’entreprise) et les macrosystèmes (politiques élaborées et ensembles socioculturels). Ce colloque a pour objectif de faire état des recherches portant tant sur ces microprocessus que sur des dynamiques plus globales afin de comprendre comment, dans leur articulation, ils informent les pratiques de la formation professionnelle au quotidien.