Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Irina Pivneva : Université McGill
Un débat persiste sur l'existence, ou non, d'un lien entre le bilinguisme et l'efficacité du contrôle exécutif. Selon certaines études, les bilingues bénéficient d'un meilleur contrôle exécutif que les monolingues. Cette conclusion n'est toutefois pas partagée par tous et certains rapportent ne pas trouver de différences entre les deux groupes. Plutôt que d'opter pour une approche dichotomique (bilingue vs monolingue), nous adoptons ici une approche plus nuancée portant sur différentes dimensions de l'expérience bilingue, soit le contexte linguistique dans lequel le locuteur évolue quotidiennement et son historique d'acquisition de la langue seconde (L2). Pour ce faire, nous avons utilisé des modèles linéaires mixtes pour déterminer si ces différences individuelles sont associées aux performances lors de diverses tâches de contrôle exécutif. Nous avons trouvé que les locuteurs bilingues qui tendent à interagir dans des contextes sociaux bilingues (où les deux langues sont utilisées simultanément) présentent un plus faible coût de transfert (switch cost) que les bilingues qui utilisent leur L1 et L2 dans des contextes distincts. Dans certains cas, cet effet peut aussi être modulé par l'historique d'acquisition de la L2. Dans leur ensemble, ces données démontrent que ce n'est pas simplement le fait d'être bilingue qui a un impact sur l'efficacité du contrôle exécutif, mais plutôt certaines caractéristiques propres à l'expérience bilingue, ce qui appuie l'hypothèse du contrôle adaptatif.
La capacité de pouvoir utiliser efficacement, malgré leurs différences de forme et de structure, deux ou plusieurs langues (bi ou multilinguisme) reflète l’incroyable niveau de sophistication de la cognition humaine. Un grand nombre de travaux sur l’acquisition des langues secondes ont eu pour but de déterminer quelles variables pouvaient influer sur le niveau de bilinguisme atteint par les apprenants. Ces travaux ont permis d’isoler des facteurs tels que l’âge et le milieu d’apprentissage. Toutefois, au cours des dernières années, nous avons assisté au développement rapide d’un nouvel axe de recherche sur le bilinguisme, soit l’étude des corrélats cognitifs et neurophysiologiques associés au bilinguisme et au multilinguisme. Cet intérêt est en partie explicable par la controverse suscitée par certaines études selon lesquelles le bilinguisme confèrerait un avantage cognitif à ses locuteurs, voire qu’il augmenterait la réserve cognitive qui permet de retarder l’apparition des symptômes du vieillissement cognitif (par exemple, il retarderait l’apparition des premiers symptômes associés à la maladie d’Alzheimer). Notons que la démocratisation des outils de recherche neurophysiologique a aussi grandement contribué à l’essor spectaculaire qu’a connu cet axe de recherche au cours des dernières années. De plus amples travaux sont toutefois toujours nécessaires afin de mieux circonscrire les effets rapportés dans la littérature. Les chercheurs du Québec, et spécialement ceux de la grande région de Montréal, disposent d’un avantage stratégique pour faire une contribution majeure à ce domaine d’étude, car ils ont accès à une population de locuteurs bilingues diversifiés (diversité des langues et des niveaux de maîtrise de la langue seconde) et à des infrastructures de recherche de calibre international (Institut Neurologique de Montréal).
L’objectif du présent colloque est de réunir des chercheurs de divers horizons afin de faire le point sur l’état de la recherche sur les impacts cognitifs et neurophysiologiques du bilinguisme. Il permettra aux intervenants de partager leurs résultats et de se familiariser avec de nouvelles méthodes expérimentales désormais à la disposition des chercheurs intéressés au bilinguisme. Le colloque permettra aussi le réseautage entre équipes de recherche, ce qui favorisera les collaborations intersectorielles et interuniversités, consolidant ainsi le statut privilégié du Québec en ce qui a trait à la recherche sur le bilinguisme.
Par sa position géographique et sa population unique, le Québec constitue un endroit idéal pour étudier le bilinguisme. Nous voulons que le présent colloque soit un tremplin pour la création des projets collaboratifs innovateurs tirant profit des infrastructures et de l’environnement linguistique unique dont nous disposons.
Titre du colloque :
Thème du colloque :