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Mohamed Ourya : Université de Sherbrooke
Qu'est-ce que l'islam ? Une question vague et déroutante, comme le pourraient être aussi les réponses. Il est tantôt perçu comme une religion, tantôt comme une hérésie. Il est perçu aussi comme une idéologie pourvoyeuse de violence, un système de droit fondé sur les peines corporelles ou un bloc géopolitique homogène, en dépit des guerres interminables en son sein depuis son aube. Ces difficultés de représenter l'islam en Occident, en dépit de sa présence devenue séculaire sur son territoire, proviendrait d'une vision essentialiste qui fait fi de l'islam historique. Celui-ci pourrait être saisi par ce que Mohamed Arkoun appelle l'islamologie appliquée, une discipline qui l'a voulue ouverte à toutes les manifestations de l'islam.
Cette présentation a pour objectif de mettre en valeur l'importance, ou peut-être la nécessité devenue urgente, de l'émergence d'un discours scientifique sur l'islam en Occident dans les savoirs universitaires, en tant qu'expression du religieux contemporain de plus en plus visible. Ce discours, dont l'absence favoriserait un entretien de l'incompréhension et de l'alarmisme, permettrait de faire la différence entre ce qui est idéologique militant et ce qui est épistémologique désintéressé.
Pour ce faire, sera utilisée la méthode empruntée à l'islamologie appliquée, dont l'un des objectifs est justement de substituer au climat de méfiance et de dénigrement réciproque, l'exigence d'une recherche scientifique solidaire.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?