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Pierre Bardelli : Université de Lorraine
L'acceptabilité sociale a une dimension normative. Bien que relativement floue la notion reflète l'opposition entre citoyens concernés et citoyens « ordinaires », entre intérêt général et intérêts particuliers. Elle prend forme à l'occasion de la décentralisation et la gestion des risques, conjointement à la catégorie de partie prenante, porteuse des intérêts engagés dans la réalisation d'un projet industriel. Le concept d'acceptabilité sociale renvoie donc à des intérêts particuliers.
· Quelle est l'articulation entre souveraineté nationale et pratique participative décentralisée (articulation entre instances de décisions publiques locales et instances nationales) ? A quelles conditions l'intérêt général peut-il se décliner en intérêts localisés ?· Est-il possible de définir une notion de démocratie intermédiaire (qui serait fondatrice du principe d'acceptabilité sociale) au regard des principes fondateurs de la démocratie représentative ?· La pratique du « dialogue social » est-elle suffisante pour définir une forme de démocratisation porteuse d'intérêt général ? ou renvoie-t-elle à une problématique en termes de confrontation entre normes privées et normes publiques ?· Quelle est la place de l'idée d'acceptabilité sociale dans le débat sur les conditions qui fondent le caractère démocratique des processus décentralisés ? Le concept d' « Ordre démocratique » peut-il fonder la démocratie locale ?
L’acceptabilité sociale a émergé alors que des projets et des décisions privés comme publics font l’objet d’une contestation grandissante aux niveaux local, national et parfois international. Issue de la controverse, elle traduit le jugement des populations à propos des politiques ou des projets proposés par les décideurs et les promoteurs. Ce jugement populaire est tributaire d’un processus de construction sociale à travers lequel sont formulées les solutions de remplacement face à une situation donnée. Ce jugement est dynamique et peut se transformer au gré des débats sociaux, des enjeux et de l’évolution des valeurs dont il est l’incarnation. Dans cette perspective, l’acceptabilité sociale ne saurait être confinée à la gestion judicieuse d’un projet ou à l’implantation d’une politique au moment de sa promotion ou de son lancement.
En effet, les entrepreneurs doivent prendre acte de la manière dont le progrès est envisagé par les acteurs sociaux tandis que les décideurs publics ne peuvent plus se contenter de mobiliser le processus de démocratie représentative. Les décideurs espèrent parfois canaliser cette dynamique en recourant à des instances de dialogue social dans le cadre d’une démocratie de plus en plus participative. Mais ces instances ne peuvent alors plus jouer le rôle pacificateur qu’on leur prête, car elles demeurent des lieux de débats où s’affrontent des visions du monde qui devront, ultimement, faire l’objet d’arbitrages.
Ce colloque vise à resituer les enjeux de l’acceptabilité sociale dans le cadre d’une réflexion sur les modalités de la démocratie participative et l’action des mouvements sociaux ainsi que sur la vision du progrès et du collectif. Il s’agit de saisir comment s’articulent les débats et les conflits sociaux à l’occasion du lancement de projets industriels et de politiques publiques, et d’évaluer le potentiel et les défis des instances démocratiques intermédiaires à construire des compromis qui se projettent dans une vision d’avenir du développement.